Tant que l'expulsion n'a pas eu lieu, le juge de l'exécution du lieu du logement peut accorder des délais, d'un mois à un an, lorsque le relogement ne peut se faire dans des conditions normales. La demande peut lui être adressée par lettre recommandée ou par requête au greffe, avec le jugement et le commandement de quitter les lieux. Il tient compte de la bonne volonté de l'occupant, de sa situation familiale et de ses démarches de relogement. Du 1er novembre au 31 mars, la trêve hivernale suspend en outre l'expulsion, et un dossier de surendettement déclaré recevable permet de demander au juge la suspension de l'expulsion.
Accepter de partir tout en demandant du temps n'a rien de contradictoire : c'est précisément la situation que vise l'article L. 412-3 du code des procédures civiles d'exécution, qui permet au juge d'accorder des délais aux occupants d'un logement dont l'expulsion a été ordonnée, chaque fois que leur relogement ne peut avoir lieu dans des conditions normales.
Le juge ne remet pas en cause le jugement d'expulsion : il en aménage l'exécution. Ce qui compte devant lui, ce sont les preuves, réunies vite : situation familiale, ressources, paiements effectués, démarches de relogement.
La marche à suivre
001
Saisir le juge de l'exécution sans attendre
Après le commandement de quitter les lieux, la demande de délais relève du juge de l'exécution du lieu du logement. Elle peut être formée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par requête remise au greffe, en joignant le jugement, le commandement et les justificatifs. En signalant l'urgence, on peut demander une audience rapprochée : ce sont les délais accordés qui retardent l'expulsion.
002
Réunir les preuves de la situation
Livret de famille et certificats de scolarité des enfants, contrat de travail et bulletins de salaire, relevés montrant les paiements effectués, demande de logement social et recherches dans le parc privé, attestations des services sociaux : le juge apprécie la bonne volonté de l'occupant, l'âge, la santé, la situation de famille et les diligences de relogement.
003
Continuer à payer ce qui peut l'être
Un versement, même partiel, régulier et prouvé, témoigne de la bonne volonté que le juge doit prendre en compte. Il vaut mieux proposer un montant tenable que promettre ce qui ne pourra pas être payé.
004
Déposer le dossier de surendettement et signaler l'expulsion
La demande de surendettement doit mentionner la mesure d'expulsion en cours. Une fois le dossier déclaré recevable, la commission peut demander au juge des contentieux de la protection de suspendre l'expulsion, ce qu'il fait si la situation du débiteur l'exige.
005
Engager en parallèle les démarches de relogement et d'hébergement
Recours au titre du droit au logement opposable, possible sans délai en cas de menace d'expulsion sans relogement ; demande d'hébergement auprès du service intégré d'accueil et d'orientation du département ; contact avec les services sociaux de la commune. Chaque démarche datée renforce la demande de délais.
Les erreurs qui coûtent cher
Attendre le jour de l'expulsion pour réagir
Une demande présentée la veille laisse peu de chances d'être examinée à temps. Le juge doit pouvoir convoquer les parties : plus la demande est précoce, plus elle est utile.
Écrire au juge sans pièces
Une lettre qui expose la situation sans la prouver convainc mal. Le jugement, le commandement et les justificatifs de famille, de ressources et de recherches doivent l'accompagner.
Compter sur la seule trêve hivernale
Elle suspend l'expulsion du 1er novembre au 31 mars, sauf si un relogement adapté à la famille est assuré, et la procédure reprend ensuite. Les délais du juge et les démarches de relogement restent nécessaires.
Laisser les dettes s'accumuler pendant le délai
Le délai n'efface pas la dette d'occupation. Des impayés nouveaux pendant cette période fragilisent toute demande ultérieure de prolongation.
Le juge tient-il compte de mes enfants et de mon nouvel emploi ?
Oui. Il doit tenir compte de la bonne ou mauvaise volonté de l'occupant, de la situation de famille et de fortune de chacun, de l'âge et de l'état de santé, des diligences faites pour se reloger, du droit à un logement décent et des recours engagés au titre du droit au logement opposable (article L. 412-4).
La trêve hivernale me protège-t-elle jusqu'en mars ?
Du 1er novembre au 31 mars, il est sursis à toute expulsion non exécutée, même si les délais accordés par le juge ont expiré, à moins que le relogement soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille (article L. 412-6). Avant le 1er novembre, seule une décision du juge peut retarder l'expulsion.
Le surendettement arrête-t-il l'expulsion ?
Pas de lui-même au dépôt du dossier. Une fois la demande déclarée recevable, la commission peut saisir le juge des contentieux de la protection pour qu'il suspende l'expulsion (article L. 722-6 du code de la consommation) ; le juge prononce cette suspension provisoire si la situation du débiteur l'exige (article L. 722-8).
Dois-je prendre un avocat ?
Ce n'est pas obligatoire : devant le juge de l'exécution, en matière d'expulsion, on peut se défendre soi-même ou se faire assister (article L. 121-4 du code des procédures civiles d'exécution). Un avocat aide à présenter un dossier complet dans l'urgence, et l'aide juridictionnelle peut le prendre en charge selon les ressources.
Je n'ai jamais reçu de convocation au tribunal : puis-je contester le jugement ?
Un jugement rendu en votre absence peut être frappé d'appel dans le mois de sa signification (article 538 du code de procédure civile). Si ce délai a expiré sans que vous ayez eu connaissance du jugement, le relevé de forclusion peut être demandé dans les deux mois suivant le premier acte signifié à votre personne ou la première mesure d'exécution (article 540). La régularité de la signification de l'assignation se vérifie aussi.
Mes impayés viennent de violences conjugales, y compris économiques : le juge en tient-il compte ?
Le juge qui statue sur les délais tient compte de la situation de famille et de fortune de l'occupant, de sa bonne volonté et de ses démarches (article L. 412-4 du code des procédures civiles d'exécution). La reprise des paiements, la situation de l'enfant et les démarches engagées auprès des services sociaux et des associations d'aide aux victimes sont des éléments à faire valoir, pièces à l'appui.
J'ai fait appel du jugement d'expulsion : l'expulsion est-elle suspendue ?
Je suis victime de violences conjugales : puis-je quitter le logement avec un préavis court ?
Oui. Le préavis du locataire est réduit à un mois lorsqu'il bénéficie d'une ordonnance de protection ou que son conjoint, partenaire ou concubin fait l'objet de poursuites ou d'une condamnation pour des violences au sein du couple ou sur un enfant résidant avec lui (article 15 de la loi du 6 juillet 1989).
Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.
Votre interlocuteur
Marie-Pauline Chemin
Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris
Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.
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