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Droit immobilier

Mon propriétaire m'expulse sans jugement

Mise à jour le · par Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier

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En bref

Un propriétaire ne peut pas expulser lui-même un occupant. L'expulsion d'un lieu habité suppose une décision de justice et un commandement de quitter les lieux, puis l'intervention d'un commissaire de justice. Forcer quelqu'un à quitter le lieu qu'il habite par manœuvres, menaces, voies de fait ou contraintes est puni de trois ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende par l'article 226-4-2 du code pénal. L'occupant évincé peut demander en référé sa réintégration et la restitution de ses affaires.

Changer la serrure pendant une absence, sortir les meubles, couper l'eau ou l'électricité, menacer : ce sont des voies de fait, quelle que soit la dette ou la situation de l'occupant. Elles sont interdites même lorsque le bailleur est dans son droit sur le fond.

Cette règle protège aussi l'occupant sans bail écrit, ou le sous-locataire dont le propriétaire ignorait la présence : seule une décision de justice peut mettre fin à une occupation.

La marche à suivre

  1. 001

    Faire constater immédiatement

    Photos, vidéos, témoignages des voisins, et si possible constat d'un commissaire de justice : la preuve de l'éviction et de son auteur se fige dans les premières heures.

  2. 002

    Réunir les preuves de votre occupation

    Bail, quittances ou virements, factures d'énergie et d'internet à votre nom, certificat de scolarité des enfants, courriers reçus à l'adresse : ces pièces établissent que vous habitiez les lieux.

  3. 003

    Déposer plainte

    L'expulsion sans le concours de l'État est un délit. La plainte se dépose au commissariat ou à la gendarmerie, ou par écrit auprès du procureur de la République.

  4. 004

    Saisir le juge des référés

    Le juge peut ordonner, même en présence d'une contestation, les mesures de remise en état qui s'imposent pour faire cesser un trouble manifestement illicite : réintégration dans les lieux, restitution des affaires, le tout sous astreinte.

Les erreurs qui coûtent cher

Quitter les lieux sous la pression

Sans décision de justice, personne n'est tenu de partir sur simple injonction du propriétaire. Partir de soi-même complique ensuite la preuve de l'éviction.

Répondre par la force

Forcer à son tour la porte ou dégrader les lieux expose à des poursuites et affaiblit la position de l'occupant devant le juge.

Laisser passer le temps pour les affaires retenues

Les biens retenus peuvent disparaître ou être détruits. La demande de restitution en référé doit être engagée vite, avec un inventaire aussi précis que possible.

Questions fréquentes

Mon propriétaire peut-il changer la serrure si je ne paie plus ?
Non. Même en cas d'impayés, l'expulsion suppose une décision de justice, un commandement de quitter les lieux et l'intervention d'un commissaire de justice. Changer la serrure pour forcer l'occupant à partir tombe sous le coup de l'article 226-4-2 du code pénal.
Le propriétaire peut-il garder mes meubles jusqu'au paiement de la dette ?
Non. Il n'a aucun droit de se faire payer en retenant vos affaires. Même dans une expulsion régulière, les biens laissés sur place sont inventoriés par le commissaire de justice et restent récupérables pendant le délai prévu par les textes.
Je sous-loue sans que le propriétaire le sache : suis-je protégé ?
La sous-location non autorisée vous expose, ainsi que le locataire principal, mais elle ne permet pas au propriétaire de vous expulser sans jugement. Votre départ ne peut être imposé que par une décision de justice.
Combien de temps pour agir ?
La réintégration se demande en urgence : plus le délai est court, plus le trouble est évident aux yeux du juge. La plainte pénale obéit à la prescription des délits, mais attendre fait perdre des preuves.

Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.

Portrait de Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier
Votre interlocuteur

Marie-Pauline Chemin

Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris

Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.

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