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Droit immobilier

La préfecture a accordé la force publique pour m'expulser

Mise à jour le · par Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier

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En bref

Le préfet, ou le sous-préfet qui signe pour lui, ne juge pas : il décide si la police assistera le commissaire de justice pour exécuter un jugement d'expulsion déjà rendu. Une fois ce concours accordé, l'expulsion peut avoir lieu à tout moment, sauf pendant la trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars. Il reste deux leviers : demander au juge de l'exécution des délais d'un mois à un an, et, avec un bailleur social, négocier un protocole de cohésion sociale, qui l'oblige à renoncer à l'expulsion si vous en respectez les engagements.

La décision de la préfecture est la dernière étape d'une procédure qui a commencé bien avant : un jugement a constaté ou prononcé la résiliation du bail pour loyers impayés et ordonné l'expulsion, puis un commandement de quitter les lieux vous a été signifié. Le commissaire de justice a ensuite demandé l'aide de la force publique au préfet, comme le prévoit l'article R. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution.

L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements (article L. 153-1 du même code). La préfecture ne réexamine donc pas la dette ni le bail : elle se prononce sur l'exécution. C'est pourquoi les recours utiles se situent ailleurs, devant le juge de l'exécution et auprès du bailleur.

La marche à suivre

  1. 001

    Réunir les actes de la procédure

    Le jugement d'expulsion et son acte de signification, le commandement de quitter les lieux, la décision de la préfecture et les courriers du commissaire de justice : ils permettent de vérifier les dates, les délais déjà écoulés et ce qui peut encore être contesté.

  2. 002

    Contacter immédiatement le bailleur social

    Lorsque le bail d'un logement HLM a été résilié pour impayés, la loi prévoit un protocole de cohésion sociale : vous vous engagez à payer l'indemnité d'occupation et à apurer la dette selon un plan approuvé par l'organisme qui verse les aides au logement, et le bailleur renonce à l'expulsion puis signe un nouveau bail dans les trois mois. Une proposition chiffrée, avec un premier versement, pèse plus qu'une demande de délai.

  3. 003

    Saisir le juge de l'exécution pour obtenir des délais

    Le juge de l'exécution du lieu de l'immeuble peut accorder des délais, d'un mois à un an, lorsque le relogement ne peut avoir lieu dans des conditions normales. Il tient compte de votre bonne foi, de votre âge, de votre santé, de votre situation familiale et de vos démarches de relogement. Ce sont ces délais qui retardent l'expulsion : la demande se fait sans attendre, en signalant l'urgence.

  4. 004

    Saisir la commission de médiation au titre du droit au logement opposable

    Une personne de bonne foi menacée d'expulsion sans relogement peut la saisir sans condition de délai. Ce recours appuie aussi la demande de délais devant le juge, qui doit tenir compte des délais liés à ce recours.

  5. 005

    Mobiliser les aides au paiement de la dette

    Services sociaux de la commune ou du département, fonds de solidarité pour le logement, maintien des aides au logement dans le cadre du protocole : chaque aide obtenue rend le plan d'apurement plus crédible.

Les erreurs qui coûtent cher

Croire que le sous-préfet a rendu un jugement

Sa décision est administrative : elle autorise l'intervention de la police pour exécuter un jugement existant. La contester devant le tribunal administratif ne remplace ni la négociation avec le bailleur, ni la demande de délais au juge de l'exécution.

Compter sur la trêve hivernale

Elle suspend l'expulsion du 1er novembre au 31 mars, mais elle ne joue pas si un relogement adapté à la famille est assuré, et la procédure reprend le 1er avril. Avant le 1er novembre, l'expulsion peut intervenir dès que le concours est accordé.

Arrêter de payer en attendant

Le protocole de cohésion sociale suppose le paiement régulier de l'indemnité d'occupation, et le juge apprécie la bonne volonté de l'occupant. Payer ce qui peut l'être, même partiellement, et le prouver, est souvent décisif.

Écrire seulement à la préfecture

Un courrier au préfet peut signaler une situation humaine, mais il ne vaut pas saisine du juge de l'exécution, ni proposition au bailleur. Les trois démarches se mènent en parallèle.

Questions fréquentes

Le sous-préfet peut-il décider de mon expulsion ?
Non. Seul un juge peut ordonner l'expulsion d'un logement, en vertu d'une décision de justice ou d'un procès-verbal de conciliation exécutoire, suivie d'un commandement de quitter les lieux (article L. 411-1 du code des procédures civiles d'exécution). Le préfet, ou le sous-préfet par délégation, décide seulement si la force publique prêtera son concours à cette exécution.
Peut-on m'expulser à tout moment une fois le concours accordé ?
En dehors de la trêve hivernale, oui : le commissaire de justice peut procéder à l'expulsion avec l'assistance de la police. Du 1er novembre au 31 mars, il est sursis à toute expulsion non exécutée, sauf si le relogement est assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille (article L. 412-6).
Est-il encore possible d'obtenir des délais ?
Oui. Tant que l'expulsion n'a pas eu lieu, le juge de l'exécution peut accorder des délais renouvelables aux occupants d'un logement dont l'expulsion a été ordonnée, d'un mois à un an au total, lorsque le relogement ne peut se faire dans des conditions normales (articles L. 412-3 et L. 412-4). Ils ne sont pas accordés à l'occupant de mauvaise foi.
Si je rembourse ma dette, l'expulsion est-elle annulée ?
Le paiement ne fait pas disparaître le jugement : c'est le bailleur qui peut renoncer à l'exécuter. Avec un organisme HLM, le protocole de cohésion sociale organise cette renonciation : s'il est respecté, le bailleur renonce à poursuivre l'expulsion et conclut un nouveau bail dans un délai de trois mois au plus. S'il ne l'est pas, il retrouve le droit de faire exécuter le jugement.
Qu'est-ce que le protocole de cohésion sociale ?
C'est un accord entre le bailleur social et l'occupant dont le bail a été résilié pour impayés (articles L. 353-15-2 et L. 442-6-5 du code de la construction et de l'habitation). Il vaut titre d'occupation, ouvre droit aux aides au logement, et dure deux ans au plus, prolongeables de trois ans en cas de renégociation du plan d'apurement.
Puis-je bénéficier de l'aide juridictionnelle ?
Oui, si vos ressources le permettent. La demande se dépose auprès du bureau d'aide juridictionnelle ; compte tenu de l'urgence, il faut la faire en même temps que les autres démarches.
L'organisme qui devait garantir mes loyers n'a pas tenu ses engagements : puis-je le poursuivre ?
Tout dépend du contrat. Une garantie souscrite par le bailleur, comme une assurance loyers impayés, ne crée en principe pas d'obligation envers le locataire, qui n'y est pas partie (article 1199 du code civil). Si l'organisme s'est engagé envers vous et ne l'a pas fait, sa responsabilité peut être recherchée (article 1231-1), à condition de prouver l'engagement, le manquement et le préjudice. Cette action ne suspend pas l'expulsion : la demande de délais au juge de l'exécution reste prioritaire.
J'ai reçu une nouvelle assignation : dois-je me présenter ?
Oui. Si vous ne comparaissez pas, le juge statue quand même sur le fond, à partir des seuls éléments de votre adversaire (article 472 du code de procédure civile). Se présenter, ou se faire représenter, permet de faire valoir les paiements déjà effectués et de demander des délais.

Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.

Portrait de Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier
Votre interlocuteur

Marie-Pauline Chemin

Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris

Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.

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