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Droit immobilier

Avis d'expulsion pour sous-location : que faire ?

Mise à jour le · par Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier

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En bref

Sous-louer sans l'accord écrit du bailleur est un manquement au bail (article 8 de la loi du 6 juillet 1989) ; dans un logement social, la sous-location est interdite hors des cas prévus par la loi et permet au bailleur de demander au juge la résiliation du bail (article L. 442-3-5 du code de la construction et de l'habitation). L'expulsion ne peut ensuite être poursuivie qu'en vertu d'une décision de justice et après un commandement de quitter les lieux, suivi d'un délai de deux mois, sauf si le juge a constaté la mauvaise foi. Le sous-locataire, lui, n'a aucun droit à opposer au propriétaire une fois le bail principal terminé. Les sous-loyers perçus sans autorisation peuvent devoir être remboursés au propriétaire.

« Avis d'expulsion » recouvre des actes très différents : une assignation devant le juge, qui annonce une audience ; un jugement, qui prononce la résiliation du bail et ordonne l'expulsion ; un commandement de quitter les lieux, qui ouvre le délai avant l'expulsion. Ce qu'il reste possible de faire dépend entièrement de l'acte reçu.

La situation n'est pas non plus la même selon que l'on est le locataire à qui la sous-location est reprochée, ou la personne qui vit dans le logement en vertu d'un accord avec ce locataire. La page traite les deux.

La marche à suivre

  1. 001

    Identifier l'acte reçu et sa date

    Une assignation laisse le temps de se défendre avant le jugement : il faut se présenter à l'audience, devant le juge des contentieux de la protection, avec ses pièces. Un jugement signifié peut être frappé d'appel dans le délai d'un mois, ramené à quinze jours pour une ordonnance de référé. Un commandement de quitter les lieux signifie que la décision est exécutoire : le délai de deux mois court, et seule une demande de délais au juge de l'exécution peut encore retarder le départ.

  2. 002

    Locataire : établir les faits exacts

    Une sous-location suppose un loyer : héberger un proche sans contrepartie n'en est pas une. Rassembler ce qui prouve l'occupation réelle du logement (factures, courriers, attestations), la nature de la présence du tiers et, le cas échéant, l'accord écrit du bailleur. Dans un logement social, le locataire doit en outre occuper le logement au moins huit mois par an.

  3. 003

    Locataire : faire cesser la sous-location et le prouver

    Lorsque le bail n'est pas encore résilié, le juge apprécie la gravité du manquement. Une sous-location qui a pris fin, preuves à l'appui, ne se présente pas de la même façon qu'une sous-location qui se poursuit. Il faut aussi s'attendre à une demande de remboursement des sous-loyers perçus.

  4. 004

    Sous-locataire : comprendre sa position et préparer le relogement

    Une fois le bail principal terminé, le sous-locataire ne peut se prévaloir d'aucun droit contre le bailleur ni d'aucun titre d'occupation. Il n'est pas pour autant expulsable sans formalités : une décision de justice et un commandement restent nécessaires. Ce délai doit servir à engager les démarches de relogement et d'hébergement, et à demander des délais au juge de l'exécution si le relogement ne peut se faire dans des conditions normales.

  5. 005

    Demander des délais au juge de l'exécution

    Après le jugement, le juge de l'exécution peut accorder des délais, d'un mois à un an, lorsque le relogement des occupants ne peut avoir lieu dans des conditions normales, sauf mauvaise foi constatée. Il tient compte de la situation de famille, des ressources, de la santé et des démarches de relogement engagées. Du 1er novembre au 31 mars, la trêve hivernale suspend en outre l'expulsion.

Les erreurs qui coûtent cher

Ne pas se présenter à l'audience

Le juge statue alors sur la seule version du bailleur. C'est à l'audience que se discutent la réalité de la sous-location, sa gravité et les délais.

Croire qu'une sous-location HLM est sans conséquence

Dans un logement social, la loi l'interdit en dehors de cas précis, et le code de la construction et de l'habitation prévoit une amende de 9 000 €. Les bailleurs sociaux la poursuivent fermement.

Quitter le logement en y laissant le sous-locataire

Le locataire reste tenu envers le bailleur tant que le bail n'a pas pris fin, notamment des dégradations causées par ses sous-locataires (article 1735 du code civil).

Céder à une expulsion sans jugement

Ni le propriétaire ni le locataire principal ne peuvent faire sortir un occupant en changeant les serrures ou en coupant l'eau et l'électricité : seule une décision de justice suivie d'un commandement le permet.

Questions fréquentes

Le bailleur peut-il faire résilier le bail pour une sous-location ?
Oui. La sous-location sans accord écrit du bailleur est interdite (article 8 de la loi du 6 juillet 1989) et, dans un logement social, l'article L. 442-3-5 du code de la construction et de l'habitation permet expressément au bailleur de saisir le juge aux fins de résiliation. C'est le juge qui prononce la résiliation, au vu de la gravité du manquement, ou qui constate le jeu d'une clause résolutoire si le bail en contient une.
Dois-je rembourser les sous-loyers que j'ai perçus ?
C'est probable. Sauf lorsque la sous-location a été autorisée par le bailleur, les sous-loyers perçus par le locataire sont des fruits civils qui appartiennent au propriétaire (Cour de cassation, troisième chambre civile, 12 septembre 2019, n° 18-20.727).
Je suis sous-locataire : ai-je des droits face au propriétaire ?
Non, en cas de cessation du bail principal : le sous-locataire ne peut se prévaloir d'aucun droit à l'encontre du bailleur ni d'aucun titre d'occupation (article 8 de la loi du 6 juillet 1989). Il conserve en revanche les protections de la procédure d'expulsion : décision de justice, commandement, délai de deux mois, délais du juge de l'exécution et trêve hivernale.
Le délai de deux mois après le commandement s'applique-t-il ?
En principe oui, lorsque le lieu est habité par la personne expulsée ou tout occupant de son chef. Il ne s'applique pas lorsque le juge qui ordonne l'expulsion constate la mauvaise foi de la personne expulsée (article L. 412-1 du code des procédures civiles d'exécution) : le jugement doit donc être lu attentivement.
Dois-je prendre un avocat ?
Ce n'est pas obligatoire devant le juge des contentieux de la protection (article 761 du code de procédure civile). Un avocat aide à contester la réalité ou la gravité de la sous-location, à discuter le montant réclamé et à obtenir des délais ; l'aide juridictionnelle peut le prendre en charge selon les ressources.
Mon sous-locataire ne paie pas, dégrade le logement et le loue à des touristes : quels recours ?
Le locataire principal peut agir contre son sous-locataire sur le terrain contractuel : paiement des sommes dues, réparation des dégradations, restitution des clés et des sommes perçues. Il reste toutefois tenu envers son propre bailleur, et l'absence d'autorisation écrite de la sous-location l'expose lui-même ; mieux vaut faire le point avec un avocat avant d'engager la procédure.
Le procureur va classer ma plainte sans suite : que puis-je faire ?
Le procureur doit aviser le plaignant du classement en indiquant ses raisons (article 40-2 du code de procédure pénale). La décision peut faire l'objet d'un recours auprès du procureur général (article 40-3). Le plaignant peut aussi porter plainte avec constitution de partie civile devant le juge d'instruction, une fois avisé que le procureur n'engagera pas de poursuites ou trois mois après sa plainte (article 85).

Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.

Portrait de Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier
Votre interlocuteur

Marie-Pauline Chemin

Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris

Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.

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