La caution s'engage à payer la dette du locataire en cas de défaillance (article 2288 du code civil) ; si elle est solidaire, le bailleur peut la poursuivre sans agir d'abord contre le locataire (article 2305). Elle n'est pas pour autant sans défense : l'acte de caution est nul s'il ne respecte pas les formes exigées (article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989), le commandement de payer devait lui être signifié dans les quinze jours, faute de quoi elle ne doit ni pénalités ni intérêts de retard (article 24), et elle peut opposer les exceptions inhérentes à la dette (article 2298 du code civil). Les délais accordés au locataire ne lui profitent pas : elle doit demander les siens au juge (article 1343-5). Une proposition d'échéancier au bailleur, avant l'audience, est souvent la meilleure issue.
Beaucoup de parents se portent caution du premier logement de leur enfant, puis découvrent les impayés en recevant une assignation, parfois devant un tribunal éloigné. Le sentiment d'être pleinement responsable est fondé, mais la dette réclamée doit être vérifiée, et la loi protège la caution sur plusieurs points de forme et d'information.
L'assignation en référé vise en général à faire constater la résiliation du bail et à obtenir une provision sur la dette. C'est le moment de vérifier l'acte de caution, de chiffrer la dette exacte et de proposer un accord.
La marche à suivre
001
Relire l'acte de caution
L'acte doit être signé par la caution, mentionner le montant du loyer et ses conditions de révision, comporter la mention manuscrite exigée par l'article 2297 du code civil, avec un plafond en chiffres et en lettres, et une copie du bail doit lui avoir été remise, à peine de nullité. Vérifier aussi s'il est solidaire, pour quelle durée, et si le bailleur avait souscrit une assurance loyers impayés, ce qui interdit en principe d'exiger une caution, sauf pour un étudiant ou un apprenti.
002
Vérifier les informations que vous deviez recevoir
Le commandement de payer doit être signifié à la caution dans les quinze jours de sa signification au locataire. Si le bailleur est un professionnel, il doit aussi informer chaque année la caution du montant de la dette et la prévenir dès le premier incident de paiement non régularisé dans le mois, sous peine de perdre les intérêts et pénalités.
003
Obtenir un décompte précis
Loyers, charges, frais, indemnités : chaque poste doit être justifié et rester dans la limite du plafond écrit dans l'acte de caution. Les sommes postérieures au départ du locataire et à la remise des clés ne sont pas des loyers.
004
Proposer un accord avant l'audience
Un échéancier réaliste, proposé par écrit au bailleur ou à son avocat, peut éviter une condamnation avec frais. Un accord signé, éventuellement constaté par le juge, sécurise les deux parties.
005
Se présenter à l'audience et demander des délais
À défaut d'accord, la caution peut contester les sommes, soulever les irrégularités de l'acte ou de l'information, et demander au juge des délais de paiement dans la limite de deux ans. Ces délais doivent être demandés pour elle-même.
006
Préparer la sortie du logement
Tant que le locataire occupe les lieux, la dette augmente. Organiser le départ, la remise des clés contre reçu et l'état des lieux de sortie limite l'engagement de la caution.
Les erreurs qui coûtent cher
Ne pas répondre à l'assignation
Le juge statuera sur la seule demande du bailleur, et la caution sera condamnée avec le locataire, frais compris. Même éloigné, il faut se faire représenter ou écrire au tribunal.
Payer sans vérifier
Un acte de caution irrégulier, un commandement non dénoncé ou un défaut d'information peuvent réduire fortement la somme due.
Compter sur les délais obtenus par le locataire
La caution ne peut se prévaloir des mesures légales ou judiciaires dont bénéficie le débiteur en conséquence de sa défaillance : elle doit demander ses propres délais.
Questions fréquentes
Le bailleur peut-il me poursuivre avant mon fils ?
Oui, si vous êtes caution solidaire : le bénéfice de discussion, qui oblige le créancier à poursuivre d'abord le débiteur, n'est pas ouvert à la caution tenue solidairement (article 2305 du code civil). C'est le cas de la plupart des cautions de bail.
Je n'ai jamais reçu le commandement de payer : qu'est-ce que ça change ?
Le commandement de payer doit être signifié à la caution dans un délai de quinze jours à compter de sa signification au locataire ; à défaut, la caution ne peut être tenue au paiement des pénalités ou des intérêts de retard (article 24 de la loi du 6 juillet 1989).
Mon acte de caution peut-il être nul ?
Oui, s'il ne comporte pas les formalités exigées : signature de l'acte mentionnant le loyer et ses conditions de révision, mention manuscrite de l'article 2297 du code civil, remise d'un exemplaire du bail (article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989). Il est aussi nul si le bailleur avait souscrit une assurance garantissant les loyers, sauf pour un logement loué à un étudiant ou un apprenti.
Puis-je mettre fin à mon engagement de caution ?
Lorsque le cautionnement ne précise pas de durée ou est à durée indéterminée, la caution peut le résilier unilatéralement ; la résiliation prend effet au terme du contrat de location en cours (article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989). Elle ne vaut que pour l'avenir.
Si je paie, puis-je me retourner contre mon fils ?
Oui : la caution qui a payé a un recours personnel contre le débiteur pour les sommes payées, les intérêts et les frais (article 2308 du code civil). En famille, ce recours se règle souvent par un accord de remboursement.
La procédure engagée a été radiée ou s'est arrêtée : peut-on la reprendre ?
Une affaire radiée pour défaut de diligence est rétablie sur justification des diligences dont l'absence avait entraîné la radiation, à condition que l'instance ne soit pas périmée, ce qui arrive lorsque aucune partie n'accomplit de diligence pendant deux ans (articles 383 et 386 du code de procédure civile). Il faut donc vérifier rapidement la date du dernier acte.
Mon budget est limité : comment les honoraires sont-ils fixés ?
Les honoraires sont fixés en accord avec le client, et l'avocat conclut avec lui une convention écrite qui précise le montant ou le mode de calcul des honoraires et les frais envisagés, sauf urgence, force majeure ou aide juridictionnelle totale (article 10 de la loi du 31 décembre 1971). Un budget peut donc être arrêté dès le départ. Si vos ressources sont modestes, vérifiez votre droit à l'aide juridictionnelle avec notre simulateur.
Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.
Votre interlocuteur
Marie-Pauline Chemin
Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris
Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.
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