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Droit immobilier

Je ne peux plus payer mon loyer : vais-je être expulsé ?

Mise à jour le · par Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier

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En bref

Un loyer impayé ne conduit pas à une expulsion immédiate. Le bailleur doit d'abord faire délivrer un commandement de payer, qui laisse six semaines pour régler la dette, puis obtenir une décision de justice. Devant le juge, le locataire qui a repris le paiement intégral du loyer courant avant l'audience et peut régler sa dette peut obtenir des délais de paiement dans la limite de trois ans : pendant ces délais, la résiliation du bail est suspendue, et elle est réputée n'avoir jamais joué si l'échéancier est respecté.

La procédure qui mène à une expulsion est longue et encadrée : commandement de payer, assignation, audience, jugement, puis commandement de quitter les lieux. À chacune de ces étapes, le locataire a des droits, et le moment où il agit compte autant que ce qu'il fait.

Le point décisif tient en une condition posée par l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 : pour obtenir des délais et la suspension de la résiliation, le locataire doit avoir repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience. Celui qui arrive à l'audience en payant de nouveau son loyer n'est pas dans la même position que celui qui n'a rien repris.

La marche à suivre

  1. 001

    Reprendre le paiement du loyer courant, même partiellement la dette

    Avant toute chose, payer le loyer du mois en cours, intégralement. C'est la condition légale pour que le juge puisse accorder des délais et suspendre la clause résolutoire. Gardez la preuve de chaque versement.

  2. 002

    Lire le commandement de payer

    Il doit mentionner le délai de six semaines, le décompte de la dette, le montant du loyer et des charges, et la possibilité de saisir le fonds de solidarité pour le logement. Une erreur dans le décompte ou une mention manquante se discute devant le juge.

  3. 003

    Demander les aides sans attendre

    Fonds de solidarité pour le logement, services sociaux de la mairie ou du département, caisse d'allocations familiales : ces organismes peuvent prendre en charge une partie de la dette. Une demande déposée tôt pèse aussi dans l'appréciation du juge.

  4. 004

    Proposer un échéancier écrit au bailleur

    Un plan de remboursement réaliste, chiffré et proposé par écrit, montre la bonne foi du locataire. S'il est accepté, il évite la procédure ; s'il est refusé, il servira devant le juge.

  5. 005

    Se présenter à l'audience

    Ne pas venir, c'est laisser le juge statuer sur la seule version du bailleur. Le juge des contentieux de la protection peut accorder des délais de paiement dans la limite de trois ans, et vérifier d'office chaque élément de la dette.

Les erreurs qui coûtent cher

Ne plus rien payer en attendant le jugement

C'est l'erreur qui ferme la porte aux délais : sans reprise du loyer courant avant l'audience, le juge ne peut pas suspendre la résiliation du bail.

Ignorer les courriers et la convocation

Un jugement rendu sans le locataire est rarement favorable. Les délais de recours courent ensuite à compter de la signification, que le courrier ait été lu ou non.

Quitter les lieux sans formalités

Partir sans donner congé ni rendre les clés contre un état des lieux ne fait pas disparaître la dette, et laisse courir les loyers.

Questions fréquentes

Combien de temps ai-je pour payer après un commandement de payer ?
Six semaines pour un bail d'habitation soumis à la loi du 6 juillet 1989. Passé ce délai sans paiement, la clause résolutoire peut être constatée par le juge, sauf s'il accorde des délais.
Le juge peut-il m'accorder des délais de paiement ?
Oui, dans la limite de trois ans, si vous êtes en situation de régler la dette et avez repris le versement intégral du loyer courant avant l'audience. Pendant ces délais, la résiliation du bail est suspendue tant que vous respectez l'échéancier.
Un locataire âgé est-il protégé contre l'expulsion ?
L'âge ne protège pas contre une résiliation pour impayés. La protection de l'article 15 de la loi du 6 juillet 1989, qui vise les locataires de plus de soixante-cinq ans aux ressources modestes, ne joue que contre le congé donné par le bailleur pour vendre ou reprendre le logement. En revanche, l'âge et l'état de santé comptent parmi les éléments que le juge prend en compte pour accorder des délais de paiement ou, plus tard, des délais pour quitter les lieux.
Puis-je être expulsé pendant l'hiver ?
Non, sauf exceptions. Il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée du 1er novembre au 31 mars de l'année suivante. Cette trêve suspend l'expulsion, mais pas la dette, ni la procédure qui peut se poursuivre devant le juge.
Mes ressources ont été suspendues (RSA, allocations) : que faire avant l'audience ?
Le juge peut accorder des délais de paiement dans la limite de trois ans, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience (article 24 de la loi du 6 juillet 1989). Il faut donc apporter les justificatifs de la suspension et de son rétablissement, montrer la reprise des paiements, et solliciter le fonds de solidarité pour le logement. Si une procédure de surendettement a été ouverte, des règles particulières s'appliquent.
Je n'ai pas d'avocat : puis-je me défendre seul ?
Oui. Devant le juge des contentieux de la protection, les parties sont dispensées de constituer avocat (article 761 du code de procédure civile) ; elles peuvent se faire assister ou représenter, notamment par un avocat, leur conjoint ou un proche parent (article 762). Se présenter à l'audience avec ses justificatifs est essentiel.
Le cabinet accepte-t-il l'aide juridictionnelle ?
Oui. Si vos ressources vous y donnent droit, la demande se dépose auprès du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal compétent, et le cabinet peut intervenir à ce titre.

Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.

Portrait de Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier
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Marie-Pauline Chemin

Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris

Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.

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