Le recouvrement d'un loyer impayé commence par un commandement de payer visant la clause résolutoire, délivré par un commissaire de justice. Si la dette n'est pas régularisée dans le délai que cet acte ouvre, le tribunal peut constater la résiliation du bail et ordonner l'expulsion — ou accorder au locataire des délais de paiement, auquel cas la résiliation est suspendue tant qu'il les respecte.
Un impayé de loyer se règle rarement en attendant. La dette s'accumule, la capacité du locataire à la rembourser diminue, et la procédure qui aurait pu porter sur deux mois de retard en couvre bientôt dix.
La marche à suivre est encadrée : elle suppose un acte préalable, un délai, puis une décision de justice. Aucune de ces étapes ne peut être sautée, et le bailleur qui tente de les contourner s'expose à voir sa propre responsabilité engagée.
La marche à suivre
001
Relire le bail avant tout
La présence et la rédaction de la clause résolutoire conditionnent toute la suite. Sans clause, la résiliation doit être demandée au juge, qui apprécie la gravité du manquement — la procédure et les délais ne sont pas les mêmes.
002
Faire délivrer un commandement de payer
C'est l'acte qui ouvre la procédure, délivré par un commissaire de justice et visant la clause résolutoire. Le délai qu'il laisse au locataire pour régulariser dépend du type de bail et des textes applicables à sa date : il se vérifie au cas par cas, jamais de mémoire.
003
Déclarer le sinistre si vous êtes assuré
Une garantie loyers impayés ou une protection juridique se déclare dans un délai contractuel court, souvent bien avant la fin de la procédure. Une déclaration tardive suffit à faire perdre la garantie.
004
Saisir le tribunal si la dette persiste
Passé le délai du commandement sans régularisation, le juge est saisi pour faire constater la résiliation du bail, condamner le locataire au paiement des sommes dues et ordonner son expulsion.
005
Anticiper les délais que le juge peut accorder
Le tribunal peut échelonner la dette et suspendre les effets de la clause résolutoire tant que l'échéancier est respecté. Une demande construite, chiffrée et documentée pèse sur cette appréciation.
Les erreurs qui coûtent cher
Attendre que la situation se règle d'elle-même
C'est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Chaque mois de retard supplémentaire réduit les chances de recouvrement et allonge d'autant la procédure.
Se faire justice soi-même
Changer la serrure, couper l'eau ou l'électricité, retirer les affaires du locataire : ces mesures sont interdites, quelle que soit l'ampleur de la dette. Elles exposent le bailleur à des sanctions et ruinent sa position devant le juge.
Négliger l'assurance
Beaucoup de bailleurs découvrent après coup qu'ils disposaient d'une protection juridique, dans leur contrat d'habitation ou leur carte bancaire, dont le délai de déclaration était dépassé.
Questions fréquentes
En colocation, puis-je réclamer la dette à un colocataire parti ?
Si le bail prévoit la solidarité, oui, dans une certaine limite : la solidarité du colocataire sortant et de sa caution prend fin à la date d'effet de son congé lorsqu'un nouveau colocataire figure au bail, et au plus tard six mois après cette date, selon l'article 8-1 de la loi du 6 juillet 1989.
Puis-je expulser mon locataire moi-même ?
Non. L'expulsion suppose une décision de justice, puis l'intervention d'un commissaire de justice. Aucune démarche du bailleur ne peut s'y substituer, quelle que soit l'ampleur de l'impayé.
Mon assurance peut-elle prendre en charge les frais ?
Fréquemment. Beaucoup de contrats d'habitation comportent une garantie de protection juridique qui couvre une partie des frais de procédure. Vérifiez vos conditions générales avant d'engager toute action.
Intervenez-vous en dehors de Paris ?
Oui. Le cabinet est inscrit au Barreau de Paris et intervient sur l'ensemble du territoire, en recourant si nécessaire à un avocat postulant devant la juridiction concernée.
Le locataire a signé un accord de conciliation mais ne paie pas : que faire ?
L'accord constaté par écrit peut recevoir force exécutoire (article 1541 du code de procédure civile), ce qui permet ensuite de faire pratiquer une saisie. À défaut, le bailleur saisit le juge en produisant l'accord, qui démontre la dette reconnue.
Mon locataire est mon enfant : la procédure est-elle différente ?
Non, si un bail a été conclu, même avec un proche : les règles du bail d'habitation s'appliquent. Le commandement de payer visant la clause résolutoire laisse six semaines au locataire, l'assignation est notifiée au préfet au moins six semaines avant l'audience, et le juge peut accorder des délais de paiement jusqu'à trois ans (article 24 de la loi du 6 juillet 1989). La saisine préalable de la commission de prévention des expulsions n'est imposée qu'aux bailleurs personnes morales autres qu'une société civile familiale. Si aucun loyer n'a jamais été convenu, il s'agit d'un hébergement gratuit, qui obéit à d'autres règles.
Combien de temps faut-il pour récupérer le logement ?
La loi impose des étapes incompressibles : six semaines après le commandement de payer, six semaines entre la notification de l'assignation au préfet et l'audience, puis, après le jugement, deux mois après le commandement de quitter les lieux (article L. 412-1 du code des procédures civiles d'exécution). Aucune expulsion ne peut être exécutée du 1er novembre au 31 mars, sauf exceptions (article L. 412-6). Engager la procédure tôt est donc décisif.
Comment le budget de la procédure est-il fixé ?
Les honoraires sont fixés en accord avec le client, et l'avocat conclut avec lui une convention écrite qui précise le montant ou le mode de calcul des honoraires et les frais envisagés (article 10 de la loi du 31 décembre 1971). Les frais de commissaire de justice s'y ajoutent ; une partie peut être mise à la charge du locataire par le jugement.
Les charges n'ont pas été régularisées à cause du syndic : cela m'empêche-t-il d'agir pour les loyers impayés ?
Non. Le défaut de régularisation des charges ne fait pas disparaître la dette de loyer, qui se recouvre selon la procédure habituelle. Pour les charges, la régularisation doit en principe être annuelle ; si elle n'a pas été faite avant la fin de l'année civile qui suit leur exigibilité, le locataire peut demander à payer le rappel par douzièmes (article 23 de la loi du 6 juillet 1989), et l'action se prescrit par trois ans (article 7-1). Il faut donc obtenir du syndic les décomptes nécessaires sans attendre.
Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.
Clause résolutoire : le juge doit examiner l'exception d'inexécution du preneur
Votre interlocuteur
Marie-Pauline Chemin
Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris
Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.
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