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Droit immobilier

Un litige sur les charges locatives : régularisation et contestation

Mise à jour le · par Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier

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En bref

Dans un bail d'habitation, le bailleur ne peut récupérer sur le locataire que les charges dites récupérables, dont la liste est fixée par décret, et seulement sur justification. Les provisions versées doivent faire l'objet d'une régularisation annuelle : un mois avant, le bailleur communique le décompte par nature de charges, et les pièces justificatives restent à la disposition du locataire pendant six mois. Si la régularisation intervient après la fin de l'année civile qui suit leur exigibilité, le locataire peut demander à payer par douzièmes. L'action se prescrit par trois ans.

Les litiges sur les charges naissent presque toujours de la même façon : une régularisation qui arrive tard, un montant élevé, des justificatifs absents ou incompréhensibles. Le cadre est pourtant précis, et il protège les deux parties : l'article 23 de la loi du 6 juillet 1989.

Pour le bailleur, respecter ce cadre est la condition pour obtenir le paiement. Pour le locataire, c'est la grille qui permet de distinguer une charge due d'une charge qui ne l'est pas.

La marche à suivre

  1. 001

    Vérifier que chaque charge est récupérable

    Seules les charges de la liste réglementaire peuvent être demandées au locataire : services liés à l'usage de la chose louée, entretien courant et menues réparations des parties communes, certaines taxes. Les grosses réparations, les honoraires de gestion ou l'assurance de l'immeuble ne le sont pas.

  2. 002

    Produire ou demander le décompte

    Le décompte par nature de charges, et dans un immeuble collectif le mode de répartition entre locataires, doit être communiqué un mois avant la régularisation. Le locataire peut consulter les pièces justificatives pendant six mois.

  3. 003

    Régulariser dans les temps

    La régularisation est annuelle. Faite après la fin de l'année civile suivant l'exigibilité, elle reste possible dans le délai de prescription de trois ans, mais le locataire peut alors payer par douzièmes s'il le demande.

  4. 004

    Chercher un accord, puis saisir le juge

    Une contestation écrite et motivée, poste par poste, ouvre souvent la voie à un accord. À défaut, la commission départementale de conciliation peut être saisie, puis le juge des contentieux de la protection.

Les erreurs qui coûtent cher

Réclamer sans justificatifs

Les charges ne sont exigibles que sur justification. Un bailleur qui ne peut pas produire les factures et le décompte s'expose à devoir rembourser les provisions perçues.

Laisser passer plusieurs années

Au-delà de trois ans, les sommes ne peuvent plus être réclamées, ni d'un côté ni de l'autre. Une régularisation régulière évite aussi les rappels massifs qui ruinent la relation.

Refuser de payer toutes les charges en bloc

Côté locataire, la contestation se fait poste par poste. Retenir l'ensemble des charges, y compris celles qui sont justifiées, crée un impayé.

Questions fréquentes

Combien de temps le locataire peut-il consulter les justificatifs ?
Pendant six mois à compter de l'envoi du décompte de régularisation, les pièces justificatives sont tenues à la disposition des locataires, selon l'article 23 de la loi du 6 juillet 1989.
Le bailleur peut-il régulariser plusieurs années de charges d'un coup ?
Oui, dans la limite de la prescription de trois ans. Mais lorsque la régularisation n'a pas été faite avant la fin de l'année civile suivant l'exigibilité des charges, le locataire peut demander à payer par douzièmes.
Une régularisation d'eau chaude de plusieurs milliers d'euros : que vérifier ?
D'abord le décompte par nature de charges et, dans un immeuble collectif, le mode de répartition entre les locataires : pour l'eau chaude collective, le bailleur doit aussi joindre une note d'information sur les modalités de calcul de ces charges et sur la consommation individuelle du logement. Ensuite les relevés de compteur ou de répartiteur : un index estimé, un compteur défaillant ou une erreur de lot expliquent souvent un montant anormal. Enfin, demandez les factures du fournisseur et de l'entreprise de comptage, que le bailleur doit tenir à votre disposition pendant six mois.
Le bailleur régularise deux ou trois années d'un coup : dois-je tout payer immédiatement ?
Non, si la régularisation intervient après la fin de l'année civile qui suit celle de l'exigibilité des charges : vous pouvez alors demander à payer par douzièmes, selon l'article 23 de la loi du 6 juillet 1989. Les sommes de plus de trois ans ne peuvent plus être réclamées. Contestez par écrit les postes non justifiés, et réglez la part qui ne fait pas débat.
Et pour un bail commercial ?
Les règles sont différentes : la répartition des charges dépend du bail, dans les limites fixées par le code de commerce. Voir la définition des charges du bail commercial.
Ma consommation d'eau explose à cause d'une chasse d'eau qui fuyait dès mon entrée : qui paie ?
Le remplacement des joints et flotteurs de chasse d'eau figure parmi les réparations locatives. Mais si le défaut a été signalé à l'état des lieux d'entrée, il préexistait : le bailleur devait délivrer un logement et des équipements en bon état de fonctionnement (article 6 de la loi du 6 juillet 1989). La surconsommation qui en résulte se discute avec ce document.
L'eau chaude a coulé dans le hall pendant des jours : dois-je payer la surconsommation ?
Les charges récupérables correspondent à des services rendus liés à l'usage de la chose louée et à l'entretien courant (article 23 de la loi du 6 juillet 1989). L'eau perdue par une fuite dans les parties communes ne correspond à aucun service rendu au locataire : elle relève de la réparation, à la charge du bailleur et du syndicat. Il faut demander le décompte, les relevés et l'explication de la consommation, en signalant les dates de la fuite.
La régularisation porte sur une année ancienne : puis-je étaler le paiement ?
Lorsque la régularisation n'a pas été effectuée avant la fin de l'année civile suivant celle de l'exigibilité des charges, le locataire peut demander à payer par douzième (article 23 de la loi du 6 juillet 1989). Les actions dérivant du bail se prescrivent par trois ans (article 7-1).
Mon bailleur social régularise trois années d'un coup et me propose un protocole : dois-je signer ?
Pas avant d'avoir vérifié le décompte et les justificatifs. Les actions dérivant du bail se prescrivent par trois ans (article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989), et lorsque la régularisation n'a pas été faite avant la fin de l'année suivant l'exigibilité, le locataire peut demander à payer par douzième (article 23). Un protocole engage : il fixe la dette reconnue. Une association de locataires peut accompagner la contestation.
Mes charges de chauffage ne correspondent pas à mes relevés de compteur : est-ce normal ?
En partie. Dans un immeuble équipé d'appareils de mesure, les frais de combustible ou d'énergie sont répartis entre des frais communs, en principe 30 % du total, et des frais individuels, répartis selon les indications des appareils (article R. 174-10 du code de la construction et de l'habitation). Le décompte doit toutefois être lisible : il est communiqué un mois avant la régularisation, par nature de charges, avec le mode de répartition et, le cas échéant, une note d'information sur le calcul des charges de chauffage et d'eau chaude (article 23 de la loi du 6 juillet 1989).
Le gestionnaire ne répond pas à mes demandes de justificatifs : que faire ?
Le gestionnaire agit au nom du bailleur, qui est tenu de ses engagements (article 1998 du code civil). Adressez une demande écrite au bailleur et au gestionnaire : les pièces justificatives doivent être tenues à votre disposition pendant six mois après l'envoi du décompte (article 23 de la loi du 6 juillet 1989). À défaut de réponse, la commission départementale de conciliation peut être saisie des litiges relatifs aux charges (article 20), puis le juge. Les actions dérivant du bail se prescrivent par trois ans (article 7-1).

Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.

Portrait de Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier
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Marie-Pauline Chemin

Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris

Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.

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