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Droit immobilier

Mon logement est insalubre ou indécent : que faire ?

Mise à jour le · par Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier

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En bref

Le bailleur doit remettre un logement décent et l'entretenir. Si le logement ne l'est pas, le locataire peut en demander la mise en conformité ; à défaut d'accord dans les deux mois, il peut saisir la commission départementale de conciliation, puis le juge, qui détermine les travaux et peut réduire le loyer ou en suspendre le paiement, avec ou sans consignation, jusqu'à leur exécution, selon l'article 20-1 de la loi du 6 juillet 1989. Il ne faut jamais cesser de payer de sa propre initiative : c'est le juge qui décide.

Moisissures, infiltrations, canalisations bouchées, chauffage défaillant : ce sont des manquements à l'obligation de délivrer un logement décent et de l'entretenir, posée par l'article 1719 du code civil et l'article 6 de la loi du 6 juillet 1989.

Ces règles valent pour un bailleur privé comme pour un bailleur social. Lorsque plusieurs locataires d'un même immeuble subissent les mêmes désordres, ils ont intérêt à agir ensemble : les constats se mutualisent et le poids du dossier change.

La marche à suivre

  1. 001

    Constituer la preuve des désordres

    Photos datées, attestations, certificats médicaux si la santé est atteinte, rapport d'un service d'hygiène de la mairie ou constat d'un commissaire de justice. La preuve du désordre précède toute demande.

  2. 002

    Mettre le bailleur en demeure par écrit

    Une lettre recommandée décrit les désordres, rappelle l'obligation de délivrer un logement décent et demande les travaux dans un délai précis. C'est le point de départ du délai de deux mois.

  3. 003

    Signaler à la caisse d'allocations familiales et à la mairie

    Lorsque la non-décence est constatée, l'allocation logement est conservée par l'organisme payeur pendant que le bailleur met le logement en conformité ; le locataire ne paie alors que le loyer diminué de l'allocation, sans risque de résiliation pour ce motif.

  4. 004

    Saisir la commission de conciliation, puis le juge

    Le juge des contentieux de la protection fixe les travaux, leur délai, et peut réduire le loyer ou suspendre son paiement. Il peut aussi allouer des dommages-intérêts pour le trouble de jouissance et les préjudices subis.

Les erreurs qui coûtent cher

Arrêter de payer le loyer de soi-même

C'est le piège le plus courant : le locataire qui suspend seul son loyer s'expose à un commandement de payer et à la résiliation de son bail. La suspension ou la consignation se demandent au juge.

Se contenter d'appels ou de réclamations en ligne

Sans écrit recommandé, il est difficile de prouver que le bailleur a été prévenu, et depuis quand. Les tickets de réclamation se complètent d'une mise en demeure.

Agir seul quand tout l'immeuble est touché

Une association de locataires peut accompagner les démarches ; les procédures restent individuelles, mais des dossiers coordonnés, avec des constats communs, pèsent davantage.

Questions fréquentes

Puis-je arrêter de payer mon loyer tant que les travaux ne sont pas faits ?
Non, pas de votre propre initiative. Seul le juge peut réduire le loyer ou en suspendre le paiement jusqu'à l'exécution des travaux. Un arrêt de paiement décidé seul vous expose à une procédure pour impayés.
Les moisissures rendent-elles un logement indécent ?
Elles le peuvent lorsqu'elles révèlent un défaut d'étanchéité, de ventilation ou une humidité structurelle qui menace la santé des occupants. Si elles résultent uniquement d'un défaut d'aération par l'occupant, la responsabilité se discute : d'où l'intérêt d'un constat technique.
Puis-je être indemnisé pour ma santé ?
Oui, si le lien entre les désordres et l'atteinte à votre santé est établi, notamment par des certificats médicaux. L'indemnisation s'ajoute à la réduction de loyer pour trouble de jouissance.
Une association de locataires peut-elle agir en justice ?
Elle peut accompagner les locataires et coordonner les dossiers. L'action en réparation du préjudice de chaque locataire reste en principe la sienne ; chaque locataire peut demander l'aide juridictionnelle selon ses ressources.
Ma protection juridique me conseille de saisir le tribunal : puis-je choisir mon avocat ?
Oui. Le contrat de protection juridique doit prévoir la liberté de choisir son avocat, et l'assureur ne peut proposer le nom d'un avocat sans demande écrite de l'assuré (article L. 127-3 du code des assurances).
Le bailleur me réclame des charges alors que je signale l'humidité depuis des mois : dois-je payer ?
Les charges récupérables sont exigibles sur justification (article 23 de la loi du 6 juillet 1989). Une demande de rappel se vérifie au regard du décompte et des justificatifs, indépendamment du litige sur l'humidité, qui se règle par la mise en conformité et, le cas échéant, par une réduction du loyer décidée par le juge.
Un arrêté d'insalubrité a été pris : dois-je encore payer le loyer ?
Pour les locaux visés par un arrêté de traitement de l'insalubrité, le loyer cesse d'être dû à compter du premier jour du mois qui suit la notification ou l'affichage de l'arrêté, jusqu'au premier jour du mois qui suit la mainlevée (article L. 521-2 du code de la construction et de l'habitation). Un commandement de payer portant sur cette période se conteste.
Le logement est inhabitable pendant les travaux : qui paie mon hébergement ?
Lorsque l'immeuble fait l'objet d'une interdiction temporaire d'habiter ou que les travaux prescrits le rendent temporairement inhabitable, le propriétaire doit assurer aux occupants un hébergement décent ; à défaut, son coût est mis à sa charge (article L. 521-3-1 du code de la construction et de l'habitation).
Le propriétaire a vendu le logement : mon bail continue-t-il ?
Oui. L'acquéreur ne peut expulser le locataire qui a un bail authentique ou dont la date est certaine (article 1743 du code civil) : il reprend le bail et les obligations du bailleur, dont celle de réaliser les travaux.
L'installation électrique est dangereuse : est-ce un motif d'indécence ?
Oui. Les réseaux et branchements d'électricité doivent être conformes aux normes de sécurité et en bon état d'usage et de fonctionnement (article 2 du décret du 30 janvier 2002 relatif au logement décent). Il faut mettre le bailleur en demeure par écrit de faire intervenir un professionnel. Si le danger est immédiat, le juge des référés peut ordonner les travaux qui s'imposent pour prévenir un dommage imminent (article 835 du code de procédure civile) ; sans attendre, la mairie peut aussi être alertée.

Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.

Portrait de Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier
Votre interlocuteur

Marie-Pauline Chemin

Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris

Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.

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