La difficulté vient souvent de l'écran que forme le gestionnaire : l'agence enregistre la demande, relance l'artisan, promet une intervention qui ne vient pas. Juridiquement, l'agence est le mandataire du propriétaire : c'est le propriétaire qui doit les réparations, et c'est contre lui que se dirige la procédure.
Dans un appartement en copropriété, une partie du problème peut relever des parties communes. Le locataire n'a pas à démêler qui, du propriétaire ou du syndicat des copropriétaires, doit intervenir : son interlocuteur reste son bailleur, à qui il revient de saisir le syndic.
La marche à suivre
001
Distinguer réparation locative et réparation du bailleur
L'entretien courant et les menues réparations, dont la liste est fixée par décret, sont à la charge du locataire, sauf vétusté, malfaçon, vice de construction, cas fortuit ou force majeure. Tout le reste incombe au bailleur : chauffage hors d'usage, infiltrations, menuiseries dégradées, installation électrique défaillante.
002
Écrire au propriétaire, pas seulement à l'agence
Une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception, adressée au propriétaire et en copie au gestionnaire, décrit le désordre, rappelle les signalements antérieurs et fixe un délai raisonnable. Joindre des photos datées et, si besoin, un rapport d'artisan.
003
Saisir la commission départementale de conciliation
Gratuite, elle réunit bailleur et locataire et rend un avis. Pour un logement qui ne répond pas aux critères de décence, elle peut être saisie à défaut de réponse du propriétaire dans les deux mois de la demande de mise en conformité, sans que cette saisine soit un préalable obligatoire au juge.
004
Saisir le juge, en référé si l'urgence le justifie
Le juge des contentieux de la protection peut ordonner en référé l'exécution d'une obligation qui n'est pas sérieusement contestable, au besoin sous astreinte, et accorder une provision. Pour un logement non décent, il détermine les travaux et leur délai, et peut réduire le loyer ou en suspendre le paiement jusqu'à leur exécution.
Les erreurs qui coûtent cher
Cesser de payer le loyer de soi-même
Sauf logement devenu impossible à occuper, le locataire qui suspend seul ses paiements s'expose à un commandement de payer et à la résiliation du bail. C'est au juge de réduire ou de suspendre le loyer.
Faire réaliser les travaux puis envoyer la facture
Payer soi-même l'intervention pour en réclamer le remboursement expose à un débat sur le prix et la nécessité des travaux. Sans accord écrit du bailleur, mieux vaut obtenir d'abord une décision du juge.
Ne garder aucune trace des signalements
Appels téléphoniques et messages laissés sur une plateforme de l'agence se prouvent mal. Un courrier recommandé, ou au moins un courriel conservé, date le signalement.
Questions fréquentes
L'agence dit qu'elle attend l'accord du propriétaire : contre qui agir ?
Contre le propriétaire. L'agence agit pour son compte, en qualité de mandataire ; l'obligation d'entretien pèse sur le bailleur (article 6 de la loi du 6 juillet 1989). Le courrier peut être envoyé à l'agence, mais la procédure vise le bailleur.
La fuite vient des parties communes : est-ce encore mon bailleur ?
Oui, à l'égard du locataire. Le bailleur doit garantir la jouissance paisible du logement ; il lui revient de saisir le syndic pour que le syndicat des copropriétaires intervienne sur les parties communes.
Puis-je obtenir une réduction de loyer ?
Le juge peut réduire le loyer ou en suspendre le paiement jusqu'à l'exécution des travaux lorsque le logement ne satisfait pas aux critères de décence (article 20-1 de la loi du 6 juillet 1989). Le locataire peut aussi demander réparation du trouble de jouissance subi.
L'agence me dit de trouver moi-même un couvreur et un électricien : est-ce à moi de le faire ?
Non, pour les réparations qui incombent au bailleur, comme la toiture ou le remplacement d'un ballon d'eau chaude hors d'usage sans faute du locataire : c'est au bailleur, ou à son mandataire, de les faire réaliser et de les payer (article 6 de la loi du 6 juillet 1989). Si vous acceptez de chercher l'artisan, faites-vous confirmer par écrit que le bailleur paiera la facture. Les échanges inappropriés de l'agence se conservent : ils peuvent étayer un trouble de jouissance.
Les coupures d'eau chaude se répètent depuis des mois : est-ce un manquement du bailleur ?
Oui, si elles proviennent d'installations dont l'entretien lui incombe. Un logement décent comporte un évier et une installation sanitaire alimentés en eau chaude et froide (article 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002), et le bailleur doit entretenir la chose louée et en assurer la jouissance paisible (article 1719 du code civil). Des coupures récurrentes, parfois sur tout un week-end, caractérisent un trouble de jouissance qui peut être indemnisé, même lorsque le bailleur est un organisme HLM.
Mon bailleur social ne répond pas à ma lettre recommandée : que faire ?
Consignez chaque coupure (date, durée, avis affichés, attestations de voisins) : une démarche collective des locataires concernés pèse davantage. Relancez par une mise en demeure précise. La commission départementale de conciliation peut être saisie des litiges relatifs aux réparations (article 20 de la loi du 6 juillet 1989) ; pour une demande d'indemnisation n'excédant pas 5 000 euros, une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative doit précéder la saisine du juge, sauf exceptions (article 750-1 du code de procédure civile). Ne cessez pas de payer le loyer de vous-même.
Mon chauffage fonctionne mal et ma consommation électrique explose : qui paie ?
Les équipements de chauffage doivent être conformes aux normes de sécurité et en bon état d'usage et de fonctionnement (article 2 du décret du 30 janvier 2002 sur le logement décent), et le bailleur doit faire les réparations autres que locatives (article 6 de la loi du 6 juillet 1989). Si un équipement défectueux non réparé malgré vos signalements entraîne une surconsommation, celle-ci peut être réclamée au bailleur comme un préjudice (article 1231-1 du code civil) : relevés de compteur, factures et signalements datés en sont la preuve.
Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.
Votre interlocuteur
Marie-Pauline Chemin
Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris
Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.
Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, vous rappelle pour un échange de 20 minutes. Vous exposez votre situation en droit immobilier, et vous repartez en sachant si une action est ouverte, dans quel délai, et ce qu'elle suppose.
L'agenda de Marie-Pauline Chemin s'affiche ici, avec ses disponibilités des prochains jours.
Confirmation par email après réservation
Avant d'attendre
Vos délais courent déjà
En droit immobilier, la plupart des droits s'éteignent vite, et le point de départ du délai n'est pas toujours celui qu'on croit. Vingt minutes suffisent à savoir si votre action est encore ouverte, et ce qu'elle suppose.
Premier échange gratuit, sans engagement · Marie-Pauline Chemin