L'expertise ordonnée avant tout procès sert à établir la preuve de faits dont dépendra la solution du litige (article 145 du code de procédure civile). Elle se déroule contradictoirement : chaque partie est convoquée aux réunions (article 160) et l'expert doit prendre en considération ses observations, dans le délai qu'il fixe, et mentionner dans son avis la suite qu'il leur a donnée (article 276). L'expert donne un avis technique, sans appréciation juridique (article 238), et le juge n'est pas lié par ses conclusions (article 246). C'est pendant l'expertise que se joue l'essentiel : origine de la fuite, responsabilités, coût des réparations.
Un dégât des eaux chez le voisin du dessous, une assignation en référé, un expert désigné, une première réunion sur place : beaucoup de propriétaires découvrent la procédure à ce stade, en pensant que le vrai débat viendra plus tard, devant le juge.
C'est l'inverse : le rapport de l'expert pèsera lourd dans la suite. Les observations doivent être faites pendant les opérations, dans les délais fixés par l'expert, et les autres responsables possibles doivent y être appelés à temps.
La marche à suivre
001
Déclarer le sinistre et l'assignation à son assureur
Assurance habitation, assurance de propriétaire non occupant, protection juridique : l'assureur doit être informé sans délai. S'il prend la direction du procès, il renonce aux exceptions dont il avait connaissance (article L. 113-17 du code des assurances).
002
Assister à chaque réunion
Les parties sont convoquées aux opérations (article 160 du code de procédure civile). Une absence prive de la possibilité de discuter sur place les constatations de l'expert.
003
Adresser des observations écrites
Les « dires » permettent de contester une constatation, de produire des pièces, de poser des questions. L'expert doit les prendre en considération et les joindre à son avis si la partie le demande ; il peut ignorer celles reçues après le délai qu'il a fixé (article 276).
004
Faire appeler les autres responsables possibles
Syndicat des copropriétaires si la fuite peut venir des parties communes, occupant ou propriétaire d'un autre lot, entreprise intervenue : il faut les mettre en cause pour que l'expertise leur soit opposable et que leur part soit examinée. Le juge peut, après avoir recueilli l'avis de l'expert, étendre sa mission (article 245).
005
Préparer la suite
Le rapport déposé, le demandeur pourra agir au fond. Le juge n'est pas lié par les conclusions de l'expert (article 246), mais les contester utilement suppose de l'avoir fait pendant l'expertise.
Les erreurs qui coûtent cher
Attendre le rapport pour réagir
Une observation faite après le délai fixé par l'expert peut ne pas être prise en compte (article 276 du code de procédure civile). C'est avant le dépôt du rapport qu'il faut agir.
Laisser d'autres responsables hors de l'expertise
Une expertise à laquelle un tiers n'a pas été appelé lui est difficilement opposable. Si la fuite peut venir des parties communes ou d'un autre lot, leur mise en cause se demande sans attendre.
Oublier son assureur
Les frais de défense et la prise en charge des dommages dépendent souvent des contrats d'assurance. Une déclaration tardive peut compliquer leur mobilisation.
Questions fréquentes
L'expert peut-il dire qui est responsable ?
Il donne son avis sur les questions techniques de sa mission, comme l'origine de la fuite ou le coût des réparations, mais ne doit jamais porter d'appréciation d'ordre juridique (article 238 du code de procédure civile). C'est le juge qui tranche les responsabilités, sans être lié par les conclusions de l'expert (article 246).
Je ne suis pas d'accord avec l'expert : que faire ?
Lui adresser des observations écrites argumentées, pièces à l'appui, dans le délai qu'il fixe : il doit les prendre en considération et indiquer dans son avis la suite qu'il leur donne (article 276 du code de procédure civile). Le juge peut aussi l'inviter à compléter ou préciser ses conclusions (article 245).
La fuite vient peut-être des parties communes : que faire ?
Demander la mise en cause du syndicat des copropriétaires dans l'expertise. Le syndicat répond des dommages causés aux copropriétaires ou aux tiers ayant leur origine dans les parties communes (article 14 de la loi du 10 juillet 1965).
Mon assureur doit-il me défendre ?
Selon les garanties du contrat : la garantie de responsabilité civile, et, le cas échéant, la protection juridique. L'assureur qui prend la direction du procès renonce aux exceptions dont il avait connaissance à ce moment (article L. 113-17 du code des assurances). La victime dispose par ailleurs d'une action directe contre l'assureur de responsabilité du responsable (article L. 124-3).
Intervenez-vous en dehors de Paris ?
Oui. Le cabinet est inscrit au Barreau de Paris et intervient sur l'ensemble du territoire, en recourant si nécessaire à un avocat postulant.
Je pense que l'expert est partial : puis-je le faire remplacer ?
Un expert peut être récusé pour les mêmes causes qu'un juge ; la demande se forme devant le juge qui l'a désigné ou devant le juge chargé du contrôle, avant le début des opérations ou dès que la cause de récusation est révélée (article 234 du code de procédure civile). Le juge peut aussi remplacer un expert qui manque à ses devoirs, après avoir provoqué ses explications (article 235). Il faut donc agir sans attendre le dépôt du rapport, et sur des faits précis.
Puis-je saisir directement le juge qui contrôle l'expertise ?
Les difficultés rencontrées pendant l'expertise sont réglées, à la demande des parties, par le juge chargé du contrôle de son exécution (articles 155 et 167 du code de procédure civile). Des documents techniques erronés, comme des plans inexacts, se signalent aussi à l'expert par des observations écrites, qu'il doit prendre en considération et auxquelles il doit répondre dans son avis (article 276).
L'expert veut réaliser des sondages destructifs chez moi : puis-je refuser ?
Les parties doivent apporter leur concours aux mesures d'instruction, et le juge peut tirer toute conséquence d'un refus (article 11 du code de procédure civile). Un refus peut donc se retourner contre vous. Les difficultés d'exécution, comme l'étendue des sondages, les précautions à prendre ou la remise en état, se soumettent au juge chargé du contrôle de l'expertise (article 167) ; un constat de l'état des murs avant l'intervention permet de conserver la preuve.
Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.
Votre interlocuteur
Marie-Pauline Chemin
Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris
Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.
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