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Droit immobilier

Les copropriétaires veulent faire démolir mes travaux : que faire ?

Mise à jour le · par Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier

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En bref

En copropriété, deux autorisations distinctes s'additionnent. La mairie contrôle le respect des règles d'urbanisme, et ses décisions sont données sous réserve du droit des tiers. L'assemblée générale, elle, doit autoriser à la majorité de tous les copropriétaires les travaux qui affectent les parties communes ou l'aspect extérieur de l'immeuble (article 25 b de la loi du 10 juillet 1965). Un ouvrage différent de celui que l'assemblée a autorisé peut donc être contesté même si la mairie l'accepte. La voie la plus sûre est de faire inscrire à l'ordre du jour une demande d'autorisation de l'ouvrage tel qu'il a été réalisé.

La situation est fréquente après l'achat d'une partie commune ou l'aménagement d'une terrasse : l'assemblée a donné son accord sur un projet, la mairie a imposé ou accepté certaines modifications, et l'ouvrage finalement construit ne correspond plus exactement à ce que les copropriétaires avaient voté.

Le syndicat a qualité pour agir en justice pour la sauvegarde des droits afférents à l'immeuble, même contre un copropriétaire, et chaque copropriétaire peut agir seul pour ce qui concerne la propriété ou la jouissance de son lot (article 15 de la loi de 1965). Une demande de démolition se prend donc au sérieux, mais elle se discute d'abord en assemblée générale.

La marche à suivre

  1. 001

    Réunir les titres et les autorisations

    Acte de vente de la partie commune et modification du règlement de copropriété, procès-verbal de l'assemblée qui a autorisé les travaux, plans de l'architecte, décision de la mairie et échanges avec elle. Ce sont ces pièces qui disent ce qui a été autorisé, par qui, et dans quels termes.

  2. 002

    Comparer ce qui a été autorisé et ce qui a été construit

    Matériau, hauteur, longueur, emplacement : une différence avec la résolution votée, même imposée ou acceptée ensuite par la mairie, est précisément ce que les autres copropriétaires peuvent reprocher. L'accord d'urbanisme ne vaut pas autorisation de la copropriété.

  3. 003

    Demander l'inscription d'une résolution à l'ordre du jour

    Une demande écrite au syndic, accompagnée des plans, de photos et de la décision de la mairie, permet de soumettre à l'assemblée l'autorisation de l'ouvrage tel qu'il existe, à la majorité de l'article 25. Une solution intermédiaire, comme un habillage ou un enduit, peut faciliter le vote.

  4. 004

    Ouvrir le dialogue avant l'assemblée

    Exposer aux copropriétaires et au conseil syndical les raisons du choix du matériau, l'avis de la mairie et les solutions possibles évite souvent qu'une opposition de principe ne se cristallise en vote négatif, puis en procès.

  5. 005

    Réagir dans les délais à la décision de l'assemblée

    Si l'assemblée refuse l'autorisation, ou décide d'agir en démolition, le copropriétaire opposant ou défaillant dispose de deux mois à compter de la notification du procès-verbal pour contester la décision en justice (article 42 de la loi de 1965).

Les erreurs qui coûtent cher

Croire que l'accord de la mairie suffit

La mairie vérifie les règles d'urbanisme, pas le règlement de copropriété ni les droits des voisins : ses autorisations sont données sous réserve du droit des tiers. L'autorisation de l'assemblée reste nécessaire pour les travaux qui touchent les parties communes ou l'aspect extérieur.

Démolir dans la précipitation

Détruire l'ouvrage avant toute décision peut coûter cher inutilement si une régularisation était possible ; à l'inverse, laisser une procédure s'engager sans réagir expose à une demande de remise en état dont l'issue échappe alors au copropriétaire.

Ignorer les règles sur les vues

Une terrasse proche des fenêtres d'un voisin soulève la question des vues : le code civil interdit les vues droites à moins de dix-neuf décimètres de l'héritage voisin (article 678). Le pare-vue répond à cette contrainte, et sa suppression la ferait renaître.

Questions fréquentes

La mairie m'autorise à garder le mur : les copropriétaires peuvent-ils quand même exiger sa démolition ?
Ils peuvent le demander. L'autorisation d'urbanisme est donnée sous réserve du droit des tiers : elle ne règle pas la question des droits de la copropriété. Si l'ouvrage affecte les parties communes ou l'aspect extérieur sans autorisation de l'assemblée conforme à ce qui a été réalisé, le syndicat ou un copropriétaire peut agir en justice ; il appartient alors au juge d'apprécier la situation au vu des autorisations données.
Quelle majorité faut-il pour autoriser mes travaux ?
L'autorisation donnée à un copropriétaire d'effectuer à ses frais des travaux affectant les parties communes ou l'aspect extérieur de l'immeuble, conformes à sa destination, relève de la majorité des voix de tous les copropriétaires (article 25 b de la loi du 10 juillet 1965).
Que faire si l'assemblée refuse ?
Le copropriétaire qui a voté contre ou qui était absent peut contester la décision devant le tribunal judiciaire dans les deux mois de la notification du procès-verbal (article 42 de la loi de 1965). La contestation doit reposer sur des motifs sérieux : irrégularité de la décision ou atteinte à ses droits.
Pourquoi m'impose-t-on un pare-vue ?
Pour éviter qu'une terrasse ne crée des vues sur la propriété voisine. Le code civil interdit les vues droites à moins de dix-neuf décimètres et les vues obliques à moins de six décimètres de l'héritage voisin (articles 678 et 679), distances comptées selon l'article 680. Les prescriptions de la mairie peuvent aussi en préciser la hauteur et l'aspect.
Puis-je être condamné à démolir ?
Lorsque des travaux ont été réalisés sans l'autorisation requise, le syndicat ou un copropriétaire peut en demander la remise en état en justice. L'issue dépend de ce qui a été autorisé, de l'écart avec l'ouvrage réalisé et des démarches de régularisation entreprises : c'est pourquoi la demande d'autorisation en assemblée est la première chose à faire.

Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.

Portrait de Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier
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Marie-Pauline Chemin

Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris

Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.

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