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Droit immobilier

Le syndic gère mal ou outrepasse ses pouvoirs : comment agir contre lui ?

Mise à jour le · par Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier

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En bref

Le syndic est le mandataire du syndicat des copropriétaires : il répond envers lui des fautes commises dans sa gestion (article 1992 du code civil), et cette action peut être exercée, en cas d'inaction, par le président du conseil syndical sur délégation de l'assemblée générale (article 15 de la loi du 10 juillet 1965). Un copropriétaire peut agir seul contre le syndic s'il démontre une faute et un préjudice personnel (article 1240), dans les cinq ans (article 2224). Les décisions d'assemblée générale irrégulières se contestent dans les deux mois de leur notification (article 42). Le syndic peut enfin être révoqué par l'assemblée à la majorité de l'article 25.

Les griefs contre un syndic se ressemblent : contrats signés sans mise en concurrence, comptes difficiles à lire, décomptes de voix contestables, décisions prises seul, comme le fait de traiter des balcons privatifs en parties communes contre l'avis des copropriétaires. Le droit offre plusieurs leviers, qui ne visent pas la même cible.

Contester une décision d'assemblée, engager la responsabilité du syndic au nom du syndicat, agir personnellement pour son propre préjudice, ou changer de syndic : il faut choisir, parfois combiner.

La marche à suivre

  1. 001

    Identifier ce qui est reproché, et à qui

    Une décision irrégulière de l'assemblée se conteste contre le syndicat. Une faute de gestion du syndic engage sa responsabilité de mandataire. Un préjudice propre à un copropriétaire ouvre une action personnelle.

  2. 002

    Exercer le droit d'information

    Le conseil syndical peut se faire communiquer toutes les pièces relatives à la gestion du syndic ; à défaut de transmission dans le mois, des pénalités s'imputent sur sa rémunération. Contrats, devis, factures et feuilles de présence fondent ensuite le dossier.

  3. 003

    Vérifier les règles de mise en concurrence

    L'assemblée fixe le montant des marchés et contrats à partir duquel une mise en concurrence est obligatoire. Pour le contrat de syndic, la mise en concurrence par le conseil syndical n'est pas prescrite à peine d'irrégularité de la désignation.

  4. 004

    Contester dans les deux mois

    Le copropriétaire opposant ou défaillant dispose de deux mois à compter de la notification du procès-verbal pour contester une décision : erreur dans le décompte des voix, majorité inapplicable, abus de majorité, décision contraire au règlement de copropriété.

  5. 005

    Engager la responsabilité du syndic

    Au nom du syndicat, par le syndic suivant ou par le président du conseil syndical mandaté par l'assemblée ; à titre personnel, en démontrant une faute du syndic et un préjudice propre, distinct de celui de la collectivité.

Les erreurs qui coûtent cher

Laisser passer le délai de contestation

Une décision non contestée dans les deux mois devient définitive, même irrégulière. Les griefs contre le syndic ne la remettent pas en cause.

Invoquer l'utilité de l'équipement pour refuser une charge de parties communes

Le critère de l'utilité vaut pour les services collectifs et éléments d'équipement commun. Les charges de conservation et d'entretien des parties communes se répartissent selon les tantièmes, que l'on en ait l'usage ou non.

Questions fréquentes

Un copropriétaire peut-il poursuivre le syndic personnellement ?
Oui, sur le fondement de la responsabilité délictuelle (article 1240 du code civil), à condition de prouver une faute du syndic et un préjudice personnel. L'action se prescrit par cinq ans (article 2224).
Je n'ai pas de balcon : dois-je payer la réfection des balcons ?
Si les balcons sont des parties privatives, leur entretien incombe à leurs propriétaires. S'ils sont des parties communes, la dépense se répartit selon les tantièmes de parties communes, qu'on en ait l'usage ou non (article 10 de la loi du 10 juillet 1965). La qualification résulte du règlement de copropriété.
L'absence de mise en concurrence rend-elle les contrats nuls ?
Pas automatiquement. La mise en concurrence est obligatoire au-delà du montant fixé par l'assemblée (article 21 de la loi du 10 juillet 1965) ; son omission engage la responsabilité du syndic et peut justifier la contestation de la décision qui approuve le contrat, dans les délais.
Le règlement dit que les balcons sont privatifs, mais leur réfection est mise en charges communes : que faire ?
Le syndic ne peut répartir une dépense qu'en application du règlement de copropriété et des décisions de l'assemblée générale. Si une résolution a mis à la charge de tous des travaux sur des parties privatives, elle se conteste dans les deux mois de la notification du procès-verbal (article 42 de la loi du 10 juillet 1965). Il faut toutefois lire le règlement de près : certains éléments d'un balcon, comme la dalle ou les garde-corps, peuvent y être qualifiés de parties communes.
Le syndic ne paie plus l'assurance ni les fournisseurs : que faire en urgence ?
Le conseil syndical peut exiger communication de toutes les pièces de gestion, et l'assemblée peut révoquer le syndic à la majorité de l'article 25. Si le syndicat est dans l'impossibilité de pourvoir à la conservation de l'immeuble ou si son équilibre financier est gravement compromis, des copropriétaires représentant au moins 15 % des voix peuvent demander au président du tribunal judiciaire la désignation d'un administrateur provisoire (article 29-1 de la loi du 10 juillet 1965). Une assurance de l'immeuble impayée est un risque immédiat qu'il faut documenter sans attendre.
Le conseil syndical a fait abattre des arbres sans décision d'assemblée : est-ce régulier ?
Le conseil syndical assiste le syndic et contrôle sa gestion (article 21 de la loi du 10 juillet 1965) : il n'a pas le pouvoir de décider seul des travaux sur les parties communes, qui relèvent de l'assemblée générale. Le syndic qui exécute une telle décision engage sa responsabilité.
Ma quote-part de travaux a augmenté après le vote : dois-je payer la différence ?
Le syndic exécute les décisions de l'assemblée dans les limites votées. Un dépassement significatif du budget voté doit en principe être soumis à une nouvelle décision ; demandez le détail du calcul et, si nécessaire, contestez l'appel de fonds.

Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.

Portrait de Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier
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Marie-Pauline Chemin

Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris

Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.

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