Nul ne peut être contraint de demeurer dans l'indivision : chaque indivisaire peut demander le partage, au besoin en justice (articles 815 et 840 du code civil), et le bien qui ne peut être partagé commodément est vendu aux enchères (article 1686). L'indivisaire qui détient au moins les deux tiers des droits peut aussi faire autoriser la vente par le tribunal, après une procédure devant notaire (article 815-5-1). Si le bien est détenu par une société civile, l'associé peut se retirer dans les conditions des statuts ou, à défaut, avec l'autorisation du juge pour justes motifs (article 1869), voire demander la dissolution en cas de mésentente paralysant la société (article 1844-7).
Acheter à deux, entre amis, associés ou anciens partenaires, fonctionne tant que chacun a le même projet. Quand l'un veut vendre et que l'autre refuse, ou ne répond plus, le crédit continue de courir et le bien reste bloqué.
Le droit ne laisse personne prisonnier d'une indivision. La voie dépend d'abord de la façon dont le bien est détenu : en indivision, ou au travers d'une société civile immobilière.
La marche à suivre
001
Identifier le mode de détention
L'acte d'acquisition le dit : achat en indivision, avec des quotes-parts, ou achat par une société civile dont chacun détient des parts. Les règles ne sont pas les mêmes.
002
Proposer une sortie amiable
Rachat de la part de l'un par l'autre, vente à un tiers avec répartition du prix, médiation : une proposition écrite et chiffrée, appuyée sur une estimation, est le préalable utile à toute procédure.
003
En indivision : demander le partage
Si l'autre refuse le partage amiable, le tribunal judiciaire est saisi. Il ordonne les opérations de partage et, si le bien ne peut être attribué ou partagé, sa vente par licitation. Les comptes entre indivisaires, mensualités payées et dépenses de conservation, sont établis à cette occasion.
004
Avec au moins deux tiers des droits : la vente autorisée
Les indivisaires détenant au moins les deux tiers des droits expriment devant notaire leur intention de vendre ; à défaut d'accord des autres dans les trois mois de la signification, le tribunal peut autoriser la vente si elle ne porte pas une atteinte excessive à leurs droits.
005
En société civile : retrait ou dissolution
Le retrait se fait selon les statuts ou, à défaut, avec l'accord unanime des autres associés, ou sur autorisation du juge pour justes motifs ; l'associé reçoit la valeur de ses parts. En cas de mésentente paralysant la société, le tribunal peut en prononcer la dissolution.
Les erreurs qui coûtent cher
Cesser de payer sa part du crédit
Les échéances impayées exposent à la saisie du bien dans de mauvaises conditions de prix. Les sommes payées pour le compte de l'indivision se récupèrent au partage.
Vendre sa part sans précaution
La cession de droits indivis à un tiers ouvre un droit de préemption aux autres indivisaires, à qui le projet doit être notifié (article 815-14 du code civil). Une cession de parts sociales obéit, elle, aux clauses d'agrément des statuts.
Questions fréquentes
Mon coïndivisaire peut-il m'empêcher indéfiniment de vendre ?
Non. Nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision et le partage peut toujours être provoqué, sauf sursis prononcé par jugement ou prévu par convention (article 815 du code civil).
J'ai la moitié des droits : puis-je faire vendre sans l'accord de l'autre ?
La procédure de vente autorisée suppose au moins les deux tiers des droits indivis (article 815-5-1 du code civil). Avec la moitié, il faut demander le partage judiciaire, qui peut aboutir à la vente aux enchères du bien.
Le bien est dans une SCI : puis-je récupérer ma mise ?
L'associé qui se retire a droit au remboursement de la valeur de ses parts, fixée à défaut d'accord par un expert (article 1869 du code civil). Le retrait suppose les conditions des statuts, l'accord unanime des autres associés ou une autorisation judiciaire pour justes motifs.
Je paie seul toutes les charges du bien indivis : sont-elles perdues ?
Non. Les dépenses nécessaires à la conservation du bien payées de vos deniers personnels doivent vous être remboursées au partage (article 815-13 du code civil). Conservez tous les justificatifs : ils entrent dans le compte d'indivision.
Mon ex occupe seul le bien indivis : me doit-il une indemnité d'occupation ?
L'indivisaire qui use ou jouit privativement du bien indivis est, sauf convention contraire, redevable d'une indemnité (article 815-9 du code civil). Avoir conservé une clé ne suffit pas à écarter cette jouissance privative si, en pratique, vous ne pouvez plus occuper le logement, notamment après des violences. L'indemnité ne peut être réclamée que sur cinq ans (article 815-10).
Je détiens 66 % du bien : puis-je imposer la vente ?
La vente autorisée par le tribunal suppose au moins les deux tiers des droits indivis (article 815-5-1 du code civil) : le seuil se calcule exactement, et 66 % n'atteint pas tout à fait les deux tiers. À défaut, le partage judiciaire reste ouvert à tout indivisaire (article 815).
Comment se déroule un partage judiciaire ?
L'assignation en partage doit, à peine d'irrecevabilité, décrire sommairement le patrimoine à partager, préciser les intentions du demandeur sur la répartition des biens et les démarches tentées pour un partage amiable (article 1360 du code de procédure civile). Le tribunal ordonne le partage ou, si les conditions sont réunies, la vente par licitation (article 1361). Si les opérations sont complexes, il désigne un notaire, choisi par les copartageants ou à défaut par le tribunal, et un juge pour les surveiller (article 1364).
J'ai financé seul d'importants travaux sur le bien indivis : la plus-value me revient-elle ?
Il doit être tenu compte, selon l'équité, des améliorations faites aux frais d'un indivisaire, eu égard à ce dont la valeur du bien se trouve augmentée au temps du partage ou de l'aliénation (article 815-13 du code civil). Si le coïndivisaire veut vendre plus cher grâce à ces travaux, ce supplément de valeur doit être pris en compte au profit de celui qui les a financés : factures et preuves de paiement sont essentielles.
Le bien est en province : un avocat parisien peut-il conduire le partage ?
Un avocat plaide devant toutes les juridictions. Mais en matière de partage, la postulation (les actes de procédure devant le tribunal) n'est possible que devant le tribunal auprès duquel est établi son barreau (article 5 de la loi du 31 décembre 1971). L'avocat parisien conduit le dossier et plaide, avec un avocat postulant du barreau local.
Oui, vous pouvez choisir librement votre avocat, qui reste libre d'accepter ; à défaut, le bâtonnier peut en désigner un. Au titre de l'aide juridictionnelle, la postulation reste limitée au tribunal du barreau de l'avocat (article 5 de la loi du 31 décembre 1971).
Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.
Votre interlocuteur
Marie-Pauline Chemin
Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris
Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.
Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, vous rappelle pour un échange de 20 minutes. Vous exposez votre situation en droit immobilier, et vous repartez en sachant si une action est ouverte, dans quel délai, et ce qu'elle suppose.
L'agenda de Marie-Pauline Chemin s'affiche ici, avec ses disponibilités des prochains jours.
Confirmation par email après réservation
Avant d'attendre
Vos délais courent déjà
En droit immobilier, la plupart des droits s'éteignent vite, et le point de départ du délai n'est pas toujours celui qu'on croit. Vingt minutes suffisent à savoir si votre action est encore ouverte, et ce qu'elle suppose.
Premier échange gratuit, sans engagement · Marie-Pauline Chemin