Des concubins qui achètent ensemble sont en indivision, dans les proportions indiquées par l'acte d'acquisition. Au partage, celui qui a payé de ses deniers personnels des dépenses nécessaires à la conservation du bien, comme les échéances de l'emprunt après la séparation, doit en être indemnisé (article 815-13 du code civil). Celui qui a financé plus que sa part lors de l'achat peut faire valoir une créance, sur un fondement à établir, prêt ou enrichissement injustifié notamment (article 1303). Pendant la vie commune, les juges admettent parfois que les remboursements d'emprunt relèvent des dépenses de la vie courante, sans compte entre les concubins. Quant à la rupture, elle est libre : la faute de l'un ne modifie pas, par elle-même, le partage.
Après une séparation, la demande arrive souvent sous forme d'un chiffre : l'autre réclame le remboursement de son apport. Mais le partage d'un bien indivis ne se règle pas sur un seul poste : il se fait par un compte qui reprend, des deux côtés, ce que chacun a payé, et pour quelle raison.
Les concubins n'ont pas de régime matrimonial : ce sont les règles de l'indivision et le droit commun des obligations qui s'appliquent.
La marche à suivre
001
Relire l'acte d'acquisition
Il fixe les quotes-parts de chacun dans l'indivision et mentionne parfois l'origine des fonds. C'est le point de départ de tout compte : un acte à parts égales n'empêche pas une créance, mais il oblige celui qui la réclame à la justifier.
002
Reconstituer qui a payé quoi, et quand
Apport initial, factures de construction, échéances de l'emprunt, taxe foncière, assurance : chaque paiement se prouve par les relevés bancaires. Distinguer la période de vie commune de celle qui suit la séparation.
003
Faire valoir sa propre créance
Les échéances remboursées seul après la séparation et jusqu'à la vente sont des dépenses de conservation qui donnent droit à indemnité au partage. Elles viennent en déduction de ce que l'autre réclame.
004
Négocier le compte, puis, à défaut, demander le partage judiciaire
Un accord écrit, éventuellement devant notaire, règle la répartition du prix de vente. À défaut, le juge du partage arrête les comptes entre indivisaires.
Les erreurs qui coûtent cher
Opposer la faute de l'autre
La rupture d'un concubinage est libre. Une faute distincte, comme des circonstances injurieuses, peut ouvrir droit à des dommages et intérêts, mais elle ne change pas les règles du partage.
Laisser le prix de vente être réparti sans compte
Une fois les fonds partagés par moitié chez le notaire, il devient plus difficile de faire valoir ses créances. Demander que le prix reste séquestré jusqu'à l'accord sur les comptes.
Questions fréquentes
J'ai payé seul les mensualités jusqu'à la vente : est-ce pris en compte ?
En principe oui. Il doit être tenu compte à l'indivisaire des dépenses nécessaires qu'il a faites de ses deniers personnels pour la conservation du bien indivis (article 815-13 du code civil), et le remboursement de l'emprunt qui a financé le bien est traité comme tel après la séparation.
Mon ex réclame la moitié de son apport : est-ce automatique ?
Non. Il doit établir le fondement de sa créance, prêt ou enrichissement injustifié notamment (article 1303 du code civil), et le montant réclamé se compare aux sommes que vous avez vous-même payées pour le bien.
Les mensualités payées pendant la vie commune comptent-elles ?
C'est discuté au cas par cas. La Cour de cassation a admis que des juges du fond considèrent ces remboursements comme des dépenses de la vie courante, réparties entre concubins selon leurs facultés, sans donner lieu à compte (Cour de cassation, première chambre civile, 13 janvier 2016, n° 14-29.746).
Mon ex demande la licitation de la maison : puis-je l'éviter ?
Le partage peut toujours être demandé (article 815 du code civil), mais la vente aux enchères n'intervient que si le bien ne peut être partagé commodément ou si personne ne peut ou ne veut le reprendre (article 1686). Proposer de racheter la part de l'autre, chiffrée sur une estimation et après compte des sommes payées par chacun, est la meilleure façon d'éviter la licitation.
Les biens indivis sont hypothéqués : que devient l'hypothèque au partage ?
Si l'hypothèque a été consentie par tous les indivisaires, elle conserve son effet quel que soit le résultat du partage. Si elle n'a été consentie que par l'un d'eux, elle ne conserve son effet que dans la mesure où cet indivisaire reçoit le bien, ou le prix en cas de licitation à un tiers (article 2412 du code civil). C'est ce qui conditionne la mainlevée que demande le notaire.
Les créanciers de mon ex peuvent-ils saisir le bien indivis ?
Les créanciers personnels d'un indivisaire ne peuvent pas saisir sa part dans les biens indivis ; ils peuvent en revanche provoquer le partage au nom de leur débiteur (article 815-17 du code civil). Les créanciers qui auraient pu agir sur les biens avant l'indivision, ou dont la créance résulte de leur conservation ou de leur gestion, peuvent eux poursuivre la saisie.
Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.
Votre interlocuteur
Marie-Pauline Chemin
Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris
Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.
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