J'ai reçu une maison par donation de mes parents : à leur décès, mes frères et sœurs exigent qu'elle soit évaluée à sa valeur actuelle. Ont-ils raison ?
L'héritier qui a reçu une donation de son vivant doit en principe la rapporter à la succession, sauf si elle lui a été faite expressément hors part successorale (article 843 du code civil). Le rapport est dû de la valeur du bien à l'époque du partage, d'après son état à l'époque de la donation (article 860) : les frères et sœurs peuvent donc exiger la valeur actuelle de la maison, mais sans compter les améliorations que le donataire y a apportées depuis. L'acte de donation peut prévoir une autre règle, par exemple une valeur figée au jour de la donation. Le rapport se fait en moins prenant, c'est-à-dire en valeur imputée sur la part du donataire, et ne peut être exigé en nature que si l'acte le prévoit (article 858) ; dans ce cas, il est tenu compte au donataire de ses améliorations et des dépenses nécessaires à la conservation du bien (article 861).
Une maison donnée par acte notarié il y a de nombreuses années, des parents qui y ont vécu gratuitement jusqu'à leur décès, puis des frères et sœurs qui demandent, au moment de la succession, une évaluation au prix d'aujourd'hui : la situation est fréquente, et l'écart de valeur peut être considérable.
Tout dépend de ce que dit l'acte de donation et de ce qui a été fait sur la maison depuis : c'est là que se trouve la marge de discussion.
La marche à suivre
001
Relire l'acte de donation
Il faut savoir si la donation a été faite en avancement de part successorale, cas ordinaire, ou expressément hors part successorale (article 843 du code civil), et si l'acte prévoit une règle particulière d'évaluation pour le rapport (article 860).
002
Distinguer l'état du bien à la donation et aujourd'hui
La valeur se calcule au jour du partage, mais d'après l'état de la maison au jour de la donation (article 860). Les travaux d'agrandissement, de rénovation ou d'équipement financés par le donataire ne doivent pas augmenter la valeur rapportée.
003
Rassembler les preuves des travaux et des dépenses
Factures, devis, permis, photographies, relevés bancaires : ils établissent l'état d'origine et les améliorations apportées, ainsi que les dépenses nécessaires à la conservation du bien (article 861).
004
Faire évaluer la maison
Une estimation par un professionnel, établie en distinguant la valeur actuelle et l'incidence des travaux, sert de base à la négociation avec les cohéritiers et le notaire.
005
Négocier, puis saisir le juge si nécessaire
À défaut d'accord sur la valeur, le partage devient judiciaire, et une expertise peut être ordonnée.
Les erreurs qui coûtent cher
Accepter une évaluation qui inclut vos travaux
La valeur rapportée se calcule d'après l'état de la maison au jour de la donation (article 860 du code civil) : les améliorations que vous avez financées n'ont pas à y figurer.
Ne pas lire l'acte de donation
Une donation consentie hors part successorale n'est pas rapportable de la même façon (article 843), et l'acte peut fixer une autre règle d'évaluation (article 860).
Négliger la preuve des dépenses
Sans factures ni relevés, les travaux et les dépenses de conservation se prouvent difficilement des années après.
Revendiquer la valeur au jour de la donation sans clause
En l'absence de stipulation contraire dans l'acte, la loi retient la valeur au jour du partage (article 860) : la discussion porte sur l'état du bien et les travaux, pas sur la date de valeur.
Questions fréquentes
Puis-je imposer la valeur de la maison au jour de la donation ?
Seulement si l'acte de donation le prévoit. À défaut, le rapport est dû de la valeur du bien au jour du partage, d'après son état au jour de la donation (article 860 du code civil).
J'ai fait de gros travaux dans la maison : sont-ils pris en compte ?
Oui : la valeur est calculée d'après l'état de la maison au jour de la donation, ce qui exclut les améliorations postérieures (article 860 du code civil). Si l'acte prévoit un rapport en nature, il est aussi tenu compte au donataire des améliorations et des dépenses nécessaires à la conservation du bien (article 861).
Mes frères et sœurs peuvent-ils exiger que la maison soit vendue ?
Pas du seul fait de la donation : le rapport se fait en moins prenant, c'est-à-dire par une somme imputée sur votre part, et ne peut être exigé en nature que si l'acte de donation le prévoit (article 858 du code civil). La vente peut toutefois devenir un enjeu si vous ne pouvez pas régler la différence due aux cohéritiers.
La donation était hors part successorale : que change-t-elle ?
Une donation faite expressément hors part successorale n'est pas rapportable (article 843 du code civil) : elle ne s'impute pas sur votre part, dans la limite de la quotité disponible, c'est-à-dire de la part dont le défunt pouvait disposer librement (article 912).
Intervenez-vous en dehors de Paris ?
Oui. Le cabinet est inscrit au Barreau de Paris et intervient sur l'ensemble du territoire, en recourant si nécessaire à un avocat postulant.
Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.
Votre interlocuteur
Marie-Pauline Chemin
Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris
Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.
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