L'usufruitier jouit du bien comme le propriétaire lui-même, à charge d'en conserver la substance, et perçoit les loyers (articles 578 et 582 du code civil). Il peut donner à bail seul (article 595) et, par suite, confier à un professionnel la gestion de sa jouissance. Le concours du nu-propriétaire n'est requis que pour certains actes, comme le bail d'un immeuble à usage commercial ; à défaut d'accord, l'usufruitier peut être autorisé par justice à passer seul cet acte (article 595). En cas d'urgence, le juge des référés peut prescrire les mesures qui s'imposent pour prévenir un dommage imminent (article 835 du code de procédure civile). Les actions réelles immobilières relèvent du tribunal du lieu où l'immeuble est situé (article 44).
Le démembrement de propriété fonctionne bien tant que l'usufruitier et les nus-propriétaires s'entendent. Quand l'immeuble se retrouve sans gestionnaire et que certains nus-propriétaires refusent de signer, la gestion courante s'arrête : loyers non encaissés, locataires sans interlocuteur, entretien en suspens.
La première question est de savoir si leur signature est réellement nécessaire. Souvent, elle ne l'est pas pour la gestion de la jouissance du bien.
La marche à suivre
001
Identifier l'acte en cause
Mandat de gestion des loyers et des baux d'habitation, bail commercial, grosses réparations, vente : l'usufruitier agit seul pour ce qui relève de sa jouissance ; le concours du nu-propriétaire est requis pour les actes qui l'engagent au-delà.
002
Relire l'acte constitutif de l'usufruit
Donation, succession, acte d'acquisition démembrée, convention entre usufruitier et nus-propriétaires : il peut organiser la gestion et prévoir des règles particulières.
003
Signer seul ce qui relève de l'usufruit
Le mandat de gestion portant sur les loyers et les baux que l'usufruitier peut consentir seul n'exige pas la signature des nus-propriétaires. Il est prudent de les en informer par écrit.
004
Saisir le juge pour le reste
Pour un acte qui exige leur concours et qu'ils refusent sans raison, l'usufruitier peut demander une autorisation judiciaire ; en cas d'urgence caractérisée, le juge des référés peut prescrire les mesures conservatoires nécessaires.
Les erreurs qui coûtent cher
Attendre l'accord de tous pour un acte qui n'en a pas besoin
Exiger la signature des nus-propriétaires pour la gestion courante revient à leur donner un droit de blocage que la loi ne leur reconnaît pas.
Consentir seul un bail commercial
Sans le concours du nu-propriétaire ou une autorisation judiciaire, le bail commercial est fragile.
Questions fréquentes
L'usufruitier peut-il signer seul un mandat de gestion locative ?
Pour la gestion de sa jouissance, oui : il perçoit les fruits du bien et peut donner à bail seul (articles 582 et 595 du code civil). Le mandat ne peut toutefois pas conférer au gestionnaire plus de pouvoirs que l'usufruitier n'en a lui-même.
Et pour un local commercial ?
L'usufruitier ne peut, sans le concours du nu-propriétaire, donner à bail un immeuble à usage commercial, industriel ou artisanal ; à défaut d'accord, il peut être autorisé par justice à passer seul cet acte (article 595 du code civil).
Quel tribunal saisir ?
En matière réelle immobilière, la juridiction du lieu où est situé l'immeuble est seule compétente (article 44 du code de procédure civile). Pour une action personnelle, c'est en principe celle du lieu où demeure le défendeur (article 42).
Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.
Votre interlocuteur
Marie-Pauline Chemin
Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris
Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.
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