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Droit immobilier

J'ai vendu ma maison et un dégât des eaux est survenu juste après : l'assureur de l'acheteur peut-il se retourner contre moi ?

Mise à jour le · par Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier

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En bref

L'assureur qui indemnise l'acheteur est subrogé dans ses droits contre le responsable du dommage (article L. 121-12 du code des assurances) : il peut donc exercer contre le vendeur l'action en garantie des vices cachés que l'acheteur aurait eue, dans les deux ans de la découverte du vice (articles 1641 et 1648 du code civil). Le vendeur non professionnel qui ignorait le défaut est protégé par la clause d'exclusion de garantie de l'acte de vente (article 1643). Cette protection tombe s'il connaissait le défaut ; et si le vendeur a lui-même réalisé ou fait réaliser les travaux en cause, sa responsabilité peut aussi être recherchée comme constructeur. Il peut alors se retourner contre l'artisan qui les a exécutés.

Le scénario est fréquent : quelques jours après la remise des clés, une fuite cause un dégât des eaux ; l'expert de l'assurance de l'acquéreur constate qu'un raccord de plomberie n'était pas adapté. Les relations avec l'acheteur peuvent rester bonnes ; c'est son assureur qui, une fois l'indemnité versée, cherche à en récupérer le montant.

Tout dépend de trois questions : le défaut était-il caché, le vendeur le connaissait-il, et qui a réalisé l'installation ?

La marche à suivre

  1. 001

    Retrouver l'acte de vente et sa clause de garantie

    La plupart des ventes entre particuliers comportent une clause excluant la garantie des vices cachés. Elle protège le vendeur qui ignorait le vice, non celui qui le connaissait. Relire aussi les déclarations faites dans l'acte sur les travaux réalisés.

  2. 002

    Rassembler l'historique des travaux

    Factures de l'artisan, date de l'intervention, attestation d'assurance de l'entreprise : si la plomberie a été posée par un professionnel, c'est lui, et son assureur, qui répondent en premier lieu d'une installation inadaptée.

  3. 003

    Demander à participer à l'expertise

    Une expertise réalisée sans le vendeur ne lui est pas opposable de la même façon qu'une expertise contradictoire. Demander par écrit à être convoqué, ou faire valoir ses observations, permet de discuter la cause du sinistre et son antériorité à la vente.

  4. 004

    Vérifier toute assurance en cours au moment des faits

    Une garantie de responsabilité civile attachée à un contrat encore en vigueur peut, selon ses termes, couvrir la réclamation. La déclaration doit être faite dès la première réclamation.

  5. 005

    Répondre à la réclamation par écrit

    Face à un recours de l'assureur, une réponse argumentée sur la clause d'exclusion, l'ignorance du vice et l'intervention d'un professionnel évite souvent la procédure. Ne rien reconnaître avant d'avoir vérifié.

Les erreurs qui coûtent cher

Reconnaître sa responsabilité par amitié

Un courriel conciliant envoyé à l'acheteur peut être produit par son assureur. On peut rester cordial sans admettre une faute.

Croire que la clause d'exclusion couvre tout

Elle ne joue pas si le vendeur connaissait le vice. Un vendeur qui a réalisé lui-même l'installation se voit souvent opposer qu'il ne pouvait l'ignorer.

Oublier l'artisan

Le vendeur mis en cause peut appeler en garantie l'entreprise qui a posé l'installation, dans les délais de ses propres garanties.

Questions fréquentes

L'assureur de l'acheteur peut-il vraiment agir contre moi ?
Oui. L'assureur qui a payé est subrogé, jusqu'à concurrence de l'indemnité, dans les droits et actions de son assuré contre les tiers responsables (article L. 121-12 du code des assurances). Il dispose des mêmes droits que l'acheteur, et se heurte aux mêmes limites, dont la clause d'exclusion de garantie.
Dans quel délai peut-on me réclamer quelque chose ?
L'action en garantie des vices cachés doit être intentée dans les deux ans de la découverte du vice (article 1648 du code civil). Si le vendeur est recherché comme constructeur, d'autres délais s'appliquent, qui courent de la réception des travaux.
J'ai fait la plomberie moi-même : suis-je constructeur ?
Est réputée constructeur toute personne qui vend, après achèvement, un ouvrage qu'elle a construit ou fait construire (article 1792-1 du code civil). Pour un élément d'équipement dissociable, comme une installation de plomberie, la garantie de bon fonctionnement est d'au moins deux ans à compter de la réception (article 1792-3). L'analyse dépend de la nature et de la date des travaux.
L'acheteur invoque de l'amiante dans la toiture : suis-je protégé par la clause d'exclusion ?
Si l'état relatif à l'amiante, en cours de validité, était annexé à la vente, la clause d'exclusion de garantie protège en principe le vendeur de bonne foi pour ce qui y figurait. En l'absence de ce diagnostic lors de la signature de l'acte authentique, le vendeur ne peut pas s'exonérer de la garantie des vices cachés correspondante (article L. 271-4 du code de la construction et de l'habitation). Un diagnostic erroné engage en outre la responsabilité du diagnostiqueur.
Je suis convoqué à une expertise par l'assurance de l'acheteur : dois-je y aller ?
Oui, ou s'y faire représenter : c'est l'occasion de faire valoir vos observations sur l'antériorité du défaut, votre ignorance du vice et la clause d'exclusion de garantie. Ne reconnaissez rien sur place et demandez une copie du rapport.

Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.

Portrait de Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier
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Marie-Pauline Chemin

Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris

Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.

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