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Droit immobilier

Mon appartement neuf est humide depuis la livraison et les expertises se contredisent : qui est responsable, et faut-il une expertise judiciaire ?

Mise à jour le · par Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier

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En bref

Quand des infiltrations persistent dans un logement neuf, plusieurs débiteurs peuvent être concernés : les constructeurs, responsables de plein droit pendant dix ans à compter de la réception des dommages qui rendent l'ouvrage impropre à sa destination (articles 1792 et 1792-4-1 du code civil), l'assurance dommages-ouvrage, qui préfinance les réparations de ces dommages sans recherche de responsabilité (article L. 242-1 du code des assurances), et le syndicat des copropriétaires lorsque l'eau vient des parties communes (article 14 de la loi du 10 juillet 1965). Lorsque des expertises amiables divergent sur l'origine des désordres, une expertise judiciaire, demandée en référé (article 145 du code de procédure civile), permet de la faire trancher contradictoirement par un expert désigné par le juge ; la demande en justice interrompt en outre les délais (article 2241 du code civil).

Taches, moisissures, peintures qui cloquent : un appartement neuf peut présenter dès sa livraison des traces d'humidité qui ne disparaissent pas, malgré les déclarations de sinistre, les expertises et les travaux successifs.

La difficulté vient souvent de l'origine du désordre : pont thermique, défaut d'étanchéité de la façade, fuite sur une canalisation. Selon la réponse, ce ne sont ni les mêmes responsables, ni les mêmes garanties.

La marche à suivre

  1. 001

    Dater la réception

    Le procès-verbal de réception de l'immeuble fait courir le délai de dix ans des garanties des constructeurs (article 1792-4-1 du code civil). C'est la première date à établir : elle commande l'urgence de toute action.

  2. 002

    Rassembler l'historique du sinistre

    Déclarations de sinistre, réponses de l'assureur dommages-ouvrage, rapports d'expertise successifs, factures des travaux, courriers au syndic : cet historique montre depuis quand le désordre est connu et ce qui a déjà été tenté.

  3. 003

    Identifier l'origine probable

    Si l'eau vient de la façade, de la toiture ou d'une canalisation commune, le syndicat des copropriétaires est concerné (article 14 de la loi du 10 juillet 1965) et le syndic doit agir pour les parties communes. Si elle vient d'un défaut de conception ou d'exécution, ce sont les constructeurs et leurs assureurs.

  4. 004

    Déclarer ou relancer l'assurance dommages-ouvrage

    L'assureur dispose de soixante jours pour prendre position sur la mise en jeu de la garantie, puis de quatre-vingt-dix jours pour présenter une offre (article L. 242-1 du code des assurances). Les actions contre l'assureur se prescrivent par deux ans (article L. 114-1), délai interrompu notamment par la désignation d'experts (article L. 114-2).

  5. 005

    Demander une expertise judiciaire

    Face à deux avis contradictoires, une expertise ordonnée en référé avant tout procès (article 145 du code de procédure civile) permet de faire rechercher la cause par un expert indépendant, en présence de toutes les parties : promoteur, constructeurs, assureurs et syndicat.

Les erreurs qui coûtent cher

Laisser passer les dix ans

La garantie des constructeurs s'éteint dix ans après la réception (article 1792-4-1 du code civil). Une action engagée dans ce délai, même en référé, l'interrompt (article 2241) ; une simple réclamation amiable ne suffit pas.

Choisir entre deux expertises amiables

Deux rapports amiables qui se contredisent ne lient ni le juge ni les assureurs. C'est l'expertise judiciaire, menée contradictoirement, qui fixera la cause et les responsabilités.

Oublier une partie à l'expertise

Les conclusions d'une expertise se discutent difficilement contre une partie qui n'y a pas été appelée. Promoteur, entreprises, assureur dommages-ouvrage et syndicat doivent être mis en cause dès la demande.

Faire réaliser des travaux avant les constatations

Réparer avant l'expertise peut faire disparaître la preuve de l'origine du désordre. Les travaux urgents se documentent par un constat avant d'être réalisés.

Questions fréquentes

Deux expertises de mon assureur se contredisent : laquelle croire ?
Aucune ne s'impose au juge. Lorsque l'origine des infiltrations est discutée, une expertise judiciaire demandée en référé (article 145 du code de procédure civile) permet de la faire établir contradictoirement, en présence de toutes les parties concernées.
Mon immeuble a été réceptionné il y a plus de dix ans : est-il trop tard ?
La garantie décennale des constructeurs s'éteint dix ans après la réception (article 1792-4-1 du code civil). Il faut vérifier si une action en justice, même en référé, a été engagée avant ce terme : elle interrompt le délai (article 2241). D'autres fondements peuvent subsister selon le cas, et c'est l'historique précis des procédures qui le dira.
Le syndic doit-il intervenir pour des infiltrations dans mon appartement ?
Oui lorsque l'eau a son origine dans les parties communes : le syndicat des copropriétaires est responsable des dommages qui en proviennent (article 14 de la loi du 10 juillet 1965), et le syndic doit pourvoir à la conservation de l'immeuble (article 18). Il doit aussi, s'il y a lieu, déclarer le sinistre pour les parties communes.
L'assurance dommages-ouvrage ne répond pas : que faire ?
Elle doit notifier sa position dans les soixante jours de la déclaration, puis présenter une offre dans les quatre-vingt-dix jours si elle accepte la garantie (article L. 242-1 du code des assurances). Son silence se conteste, et l'action contre elle doit être engagée dans le délai de deux ans de l'article L. 114-1.
Intervenez-vous en dehors de Paris ?
Oui. Le cabinet est inscrit au Barreau de Paris et intervient sur l'ensemble du territoire, en recourant si nécessaire à un avocat postulant.

Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.

Portrait de Marie-Pauline Chemin, avocate en droit immobilier
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Marie-Pauline Chemin

Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris

Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.

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