La vente aux enchères ne solde pas toujours la dette. Le prix est distribué entre les créanciers qui ont des droits sur lui (article L. 331-1 du code des procédures civiles d'exécution), et il ne vaut paiement, à l'égard du débiteur, qu'à hauteur de la part remise aux créanciers ; si la distribution tarde, le versement ou la consignation du prix produit cet effet au bout de six mois (articles L. 334-1 et R. 334-3). Si le prix ne couvre pas tout, le solde reste dû. Il faut donc exiger un décompte précis, vérifier que le prix y est imputé et que les frais de poursuite taxés, payés par l'adjudicataire en plus du prix (article R. 322-58), ne vous sont pas réclamés une seconde fois. Les contestations se portent devant le juge de l'exécution.
Après une saisie immobilière, beaucoup pensent que la vente de leur bien a tout réglé. Puis arrive un acte de commissaire de justice réclamant une somme importante, parfois présentée comme la totalité de la dette.
Avant de payer ou de paniquer, il faut reconstituer les comptes : ce que le prix a permis de payer, à qui, à quelle date, et ce qui reste réellement dû.
La marche à suivre
001
Demander un décompte détaillé
Principal, intérêts, frais : chaque poste doit être justifié, avec la date et le montant du prix d'adjudication imputé sur la créance.
002
Vérifier où en est la distribution du prix
Le prix revient aux créanciers qui ont des droits sur lui, selon leur rang. Il ne vaut paiement à votre égard qu'à hauteur de la part remise aux créanciers ; si la distribution n'a pas eu lieu dans les six mois, le versement ou la consignation du prix produit cet effet (articles L. 334-1 et R. 334-3 du code des procédures civiles d'exécution).
003
Contrôler les frais réclamés
Les frais de poursuite taxés et les droits de mutation sont payés par l'adjudicataire en plus du prix (article R. 322-58). Les autres frais d'exécution ne sont à votre charge que s'ils étaient nécessaires (article L. 111-8).
La vente forcée est une cession à titre onéreux : une plus-value peut être imposable selon les règles des plus-values immobilières des particuliers prévues par le code général des impôts. La question se vérifie avec un professionnel de la fiscalité.
Les erreurs qui coûtent cher
Payer sans décompte
Une somme présentée comme « la totalité » peut ignorer le prix déjà distribué ou inclure des frais qui ne vous incombent pas.
Ignorer l'acte reçu
Un commandement ou une saisie non contestés peuvent conduire à de nouvelles mesures sur vos comptes ou vos revenus.
La vente aux enchères n'a-t-elle pas effacé ma dette ?
Pas nécessairement. Le prix paie les créanciers dans l'ordre de leurs droits ; ce qu'il ne couvre pas reste dû. Le paiement éteint la dette (article 1342 du code civil) : ce que le prix n'a pas payé reste dû.
À partir de quand le prix vient-il en déduction de ma dette ?
À hauteur de la part remise aux créanciers lors de la distribution. Si la distribution n'est pas intervenue dans les six mois, le versement ou la consignation du prix produit à votre égard les effets d'un paiement pour cette part (articles L. 334-1 et R. 334-3 du code des procédures civiles d'exécution).
Puis-je obtenir des délais pour payer le solde ?
Oui, le juge de l'exécution peut accorder un délai de grâce après signification d'un commandement ou d'un acte de saisie (article R. 121-1), dans la limite de deux ans (article 1343-5 du code civil).
Dois-je payer un impôt sur cette vente forcée ?
C'est possible : la vente forcée est une cession à titre onéreux, et la plus-value éventuelle relève du régime des plus-values immobilières des particuliers prévu par le code général des impôts, avec ses exonérations. Un examen au cas par cas s'impose.
Intervenez-vous en dehors de Paris ?
Oui. Le cabinet est inscrit au Barreau de Paris et intervient sur l'ensemble du territoire, en recourant si nécessaire à un avocat postulant.
Cette page a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de mise à jour, le . Les délais applicables dépendent du contrat et des textes en vigueur à la date des faits : ils se vérifient au cas par cas.
Votre interlocuteur
Marie-Pauline Chemin
Avocate · Droit immobilier · Barreau de Paris
Avocate en droit immobilier au Barreau de Paris, Marie-Pauline a fait des baux commerciaux le cœur de sa pratique : rédaction et négociation du bail, renouvellement, déplafonnement du loyer et indemnité d'éviction, aux côtés des bailleurs comme des preneurs.
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