
Bail commercial et procédure collective du locataire : ce que le bailleur peut (et ne peut plus) faire
Le locataire est placé en procédure collective : le bailleur peut-il jouer la clause résolutoire, réclamer les loyers, reprendre le local ? Une fiche claire sur le sort du bail commercial en sauvegarde, redressement et liquidation, et sur l'option de l'administrateur.
En bref
Lorsque le locataire est placé en sauvegarde, redressement ou liquidation, le bail commercial obéit aux règles des procédures collectives, qui priment sur les clauses du contrat. L'ouverture de la procédure ne résilie pas le bail de plein droit et neutralise les clauses résolutoires jouant du seul fait de la procédure. L'administrateur dispose d'une option : continuer le bail, souvent vital pour l'activité, ou y renoncer. Le défaut d'exploitation pendant la période d'observation n'entraîne pas la résiliation, malgré toute clause contraire (article L622-14 du code de commerce).
Un locataire est placé en sauvegarde, en redressement ou en liquidation. Le bailleur, inquiet pour ses loyers, a un réflexe naturel : jouer la clause résolutoire, délivrer un commandement, reprendre le local. En matière de procédure collective, ces réflexes se heurtent à des règles impératives. C'est tout l'objet du bail et procédure collective.
L'ouverture de la procédure ne résilie pas le bail
Premier principe : l'ouverture d'une procédure collective n'entraîne pas la résiliation du bail de plein droit. Mieux, les clauses résolutoires qui joueraient du seul fait de la procédure sont neutralisées : le bailleur ne peut pas se saisir de l'ouverture pour reprendre les lieux.
L'objectif de la loi est clair : préserver, autant que possible, l'outil d'exploitation de l'entreprise en difficulté — et le bail en est souvent le cœur.
Le défaut d'exploitation ne suffit pas
L'article L622-14 du code de commerce va plus loin : malgré toute clause contraire, le défaut d'exploitation d'un ou plusieurs locaux pendant la période d'observation n'entraîne pas la résiliation du bail.
Or beaucoup de baux prévoient une clause d'exploitation continue, dont la violation ouvrirait la résiliation. Face à une procédure collective, cette clause est paralysée pendant la période d'observation. Le bailleur qui l'ignorerait s'exposerait à voir son action rejetée.
L'option de l'administrateur
Le sort du bail dépend largement d'une décision : l'administrateur (ou le débiteur, selon la procédure) dispose d'une option sur les contrats en cours. Il peut :
- continuer le bail, lorsqu'il est utile à la poursuite de l'activité ;
- y renoncer, ce qui ouvre alors la voie à la résiliation.
C'est donc cette décision, et non la seule volonté du bailleur, qui commande la continuation ou la fin du bail.
Les droits que le bailleur conserve
Le bailleur n'est pas démuni pour autant. Il conserve des droits, notamment pour les loyers postérieurs au jugement d'ouverture, et peut agir — mais en respectant la discipline de la procédure collective : déclaration de créance pour les loyers antérieurs, formes et délais propres à l'insolvabilité. C'est là que les erreurs se paient.
Ce que je vérifie
- La nature et le stade de la procédure (sauvegarde, redressement, liquidation ; période d'observation ou non).
- La décision de l'administrateur sur la continuation du bail.
- Les clauses du bail neutralisées par la procédure (résolutoire du fait de la procédure, exploitation continue).
- La discipline procédurale : déclaration de créance, distinction loyers antérieurs / postérieurs.
En résumé
Quand le locataire tombe en procédure collective, le bailleur doit changer de logiciel : l'ouverture ne résilie pas le bail, la clause résolutoire pour non-exploitation est neutralisée, et c'est l'administrateur qui décide de continuer ou non. Faire valoir ses droits, oui — mais dans le respect strict des règles de l'insolvabilité.
Questions fréquentes
- L'ouverture d'une procédure collective résilie-t-elle le bail commercial ?
- Non. L'ouverture d'une sauvegarde, d'un redressement ou d'une liquidation n'entraîne pas la résiliation de plein droit du bail. Les clauses résolutoires qui joueraient du seul fait de la procédure sont neutralisées : le bailleur ne peut pas se prévaloir de la procédure pour reprendre le local.
- Le bailleur peut-il jouer la clause résolutoire pour non-exploitation ?
- Non pendant la période d'observation. Malgré toute clause contraire, le défaut d'exploitation d'un ou plusieurs locaux pendant cette période n'entraîne pas la résiliation du bail (article L622-14 du code de commerce). Le bailleur doit donc oublier ce réflexe habituel.
- Qui décide de continuer ou non le bail ?
- L'administrateur (ou le débiteur, selon la procédure) dispose d'une option sur les contrats en cours : il peut décider de continuer le bail, utile à la poursuite de l'activité, ou d'y renoncer. C'est cette décision qui ouvre alors la voie à la résiliation.
Sources
Cette analyse a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de publication, le . Pour une réponse adaptée à votre situation, exposez-la au cabinet.