
Préjudice d'anxiété : accepter l'offre du FIVA ferme la porte à une action contre l'employeur
Le préjudice d'anxiété lié à l'amiante peut être indemnisé par le FIVA. Mais un arrêt du 27 février 2025 rappelle qu'accepter son offre a la valeur d'une transaction : elle rend irrecevable une action ultérieure contre l'employeur pour le même préjudice.
En bref
Le préjudice d'anxiété — l'inquiétude permanente de voir se déclarer une maladie après une exposition à un risque — est indemnisable de façon autonome. Par un arrêt du 27 février 2025, la Cour de cassation juge que le préjudice moral indemnisé par le FIVA inclut le préjudice d'anxiété postérieur à la déclaration de la maladie, de sorte qu'accepter l'offre du fonds rend irrecevable une action ultérieure contre l'employeur pour le même préjudice.
Le préjudice d'anxiété est l'un des acquis les plus importants du contentieux de l'amiante : il répare l'angoisse de voir la maladie se déclarer, sans attendre qu'elle survienne. Mais un arrêt du 27 février 2025 rappelle une vérité que l'on oublie trop souvent dans l'urgence : accepter une indemnisation, c'est renoncer à en demander une autre pour le même préjudice.
Ce que répare le préjudice d'anxiété
Né de la jurisprudence sur l'amiante, le préjudice d'anxiété indemnise l'inquiétude permanente d'une personne exposée à un risque sérieux de maladie grave. C'est un préjudice moral autonome : il existe indépendamment de la déclaration effective de la pathologie, dès lors que l'exposition et l'angoisse sont établies.
Son indemnisation peut passer par un fonds dédié, comme le Fonds d'indemnisation des victimes de l'amiante (FIVA), qui présente à la victime une offre d'indemnisation couvrant ses préjudices.
L'apport de l'arrêt du 27 février 2025
La question posée était celle du cumul : une victime ayant accepté l'offre du FIVA peut-elle ensuite agir contre son employeur pour le préjudice d'anxiété ?
La Cour de cassation, dans son arrêt du 27 février 2025, répond par la négative. Elle juge que :
- le préjudice moral indemnisé par le FIVA inclut le préjudice d'anxiété subi après la déclaration de la maladie professionnelle ;
- l'acceptation de l'offre du FIVA a la nature d'une transaction : elle éteint le droit d'agir pour les préjudices qu'elle couvre ;
- en conséquence, l'action ultérieure de la victime contre son employeur, pour le même préjudice, est irrecevable.
Autrement dit, on n'est pas indemnisé deux fois du même préjudice : l'acceptation de l'offre solde la question de l'anxiété.
Pourquoi c'est un point d'attention majeur
Cette solution n'est pas propre à l'amiante. Elle illustre une règle générale du droit de la réparation : accepter une offre, c'est transiger, et une transaction éteint le droit d'agir pour ce qu'elle règle. Le principe vaut face à un fonds comme face à un assureur.
Le danger tient à la précipitation. Une victime, soulagée de voir arriver une indemnisation, signe sans toujours mesurer le périmètre exact de ce que l'offre couvre — et découvre trop tard qu'elle a renoncé à une action complémentaire.
Le réflexe à adopter avant de signer
Avant d'accepter toute offre, je décompose systématiquement ce qu'elle indemnise, poste par poste :
- Quels préjudices sont couverts ? Le préjudice d'anxiété y figure-t-il expressément ou implicitement ?
- Quelles actions l'acceptation éteint-elle ? Contre le fonds, contre l'employeur, contre un tiers ?
- Le montant est-il à la hauteur de ce qui est ainsi soldé ?
C'est une analyse juridique, pas une simple lecture de chiffre. Une offre peut sembler correcte et pourtant faire renoncer à davantage.
En résumé
Le préjudice d'anxiété est réparable de façon autonome, mais l'arrêt du 27 février 2025 rappelle qu'accepter l'offre du FIVA, qui l'inclut, interdit d'agir ensuite contre l'employeur pour le même préjudice. Avant de signer, il faut mesurer exactement ce que l'offre couvre et ce qu'elle éteint : l'acceptation vaut renonciation.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que le préjudice d'anxiété ?
- C'est le préjudice moral tenant à l'état d'inquiétude permanente dans lequel se trouve une personne exposée à un risque de développer une maladie grave, par exemple après une exposition à l'amiante. Il est indemnisable indépendamment de la survenance effective de la maladie.
- Puis-je accepter l'offre du FIVA puis agir contre mon employeur ?
- Pas pour le même préjudice. Selon l'arrêt du 27 février 2025, le préjudice d'anxiété postérieur à la déclaration de la maladie est inclus dans l'indemnisation du FIVA, et l'acceptation de son offre — qui a la nature d'une transaction — rend irrecevable une action ultérieure contre l'employeur au titre de ce préjudice.
Sources
Cette analyse a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de publication, le . Pour une réponse adaptée à votre situation, exposez-la au cabinet.