
Péremption en appel : quand le délai de deux ans ne court plus contre vous
La péremption éteint l'instance après deux ans sans diligence. Mais en appel, un revirement de 2024, confirmé le 2 juillet 2026, précise qu'une fois toutes ses charges accomplies, la partie n'encourt plus la péremption — sauf calendrier ou injonction du conseiller de la mise en état.
En bref
L'instance est périmée après deux ans sans diligence (article 386 du code de procédure civile). En appel, la Cour de cassation juge (revirement du 7 mars 2024, confirmé le 2 juillet 2026) qu'une fois toutes les charges procédurales accomplies, le délai de péremption ne court plus contre les parties, sauf si le conseiller de la mise en état fixe un calendrier ou enjoint une diligence.
La péremption est l'une des sanctions les plus sournoises de la procédure : une instance qui s'endort deux ans s'éteint, et l'on doit tout recommencer. En appel, un revirement récent, confirmé le 2 juillet 2026, en a heureusement rationalisé le jeu.
Le principe : deux ans sans diligence
L'article 386 du code de procédure civile pose la règle : l'instance est périmée lorsque aucune des parties n'accomplit de diligence pendant deux ans.
La péremption n'éteint pas l'action — on peut, en principe, réintroduire la demande — mais elle efface l'instance et interdit de se prévaloir des actes de la procédure périmée. Elle est de droit, et doit être demandée ou opposée avant tout autre moyen.
La difficulté propre à l'appel
En procédure d'appel, le calendrier est déjà rythmé par des délais stricts (déclaration, conclusions) sanctionnés par la caducité ou l'irrecevabilité. Une fois ces délais respectés, l'appelant a souvent « fini » ce que la procédure lui imposait — et attend l'audience.
Fallait-il alors lui reprocher une « inaction » de deux ans et prononcer la péremption ? Pendant longtemps, oui. C'était une injustice : on sanctionnait une partie qui n'avait, en réalité, plus rien à faire.
L'apport du revirement, confirmé le 2 juillet 2026
La Cour de cassation a mis fin à cette anomalie. Dans son arrêt du 2 juillet 2026, confirmant le revirement du 7 mars 2024, elle juge qu'une fois que les parties ont accompli toutes les charges procédurales leur incombant, le délai de péremption ne court plus à leur encontre, sauf si le conseiller de la mise en état fixe un calendrier ou leur enjoint d'accomplir une diligence particulière.
Deux enseignements :
- Plus de péremption « pour rien » : quand on a rempli toutes ses obligations, le délai ne tourne plus contre nous. La solution s'appuie sur le droit à un procès équitable (article 6, § 1, de la Convention européenne des droits de l'homme).
- Le risque renaît sur injonction : dès que le conseiller de la mise en état fixe un calendrier ou enjoint une diligence, l'obligation d'agir — et donc le compteur de la péremption — repart.
Ce que j'en retiens en pratique
La vigilance se déplace vers les ordonnances du conseiller de la mise en état. Je note au dossier chaque calendrier et chaque injonction : ce sont eux, désormais, qui rouvrent le risque de péremption. À l'inverse, une fois mes conclusions déposées dans les délais et mes charges accomplies, je sais que l'attente de l'audience ne m'expose plus, à elle seule, à la péremption.
À ne pas confondre avec la caducité de l'appel, qui sanctionne, elle, le non-respect des délais pour conclure, et non l'inaction prolongée.
En résumé
La péremption éteint l'instance après deux ans sans diligence, mais l'arrêt du 2 juillet 2026 confirme qu'en appel, une partie ayant accompli toutes ses charges ne l'encourt plus — jusqu'à ce qu'un calendrier ou une injonction du conseiller de la mise en état relance l'obligation d'agir. Surveiller ces ordonnances est le nouveau réflexe.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que la péremption d'instance ?
- C'est l'extinction de l'instance lorsque aucune partie n'accomplit de diligence pendant deux ans (article 386 du code de procédure civile). Elle n'éteint pas le droit d'agir, mais efface la procédure : il faut la réintroduire, si la prescription le permet encore.
- En appel, le délai de péremption court-il quand je n'ai plus rien à faire ?
- Non. Depuis le revirement du 7 mars 2024, confirmé le 2 juillet 2026, une fois que vous avez accompli toutes vos charges procédurales, le délai ne court plus contre vous — sauf si le conseiller de la mise en état fixe un calendrier ou vous enjoint d'accomplir une diligence particulière, ce qui fait repartir l'obligation d'agir.
Sources
Cette analyse a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de publication, le . Pour une réponse adaptée à votre situation, exposez-la au cabinet.