Aller au contenu
Droit immobilier
3 min de lectureMarie-Pauline Chemin

Droit de préférence : le locataire commercial prioritaire pour acheter ses murs

Le propriétaire veut vendre le local que vous louez ? En bail commercial, le locataire bénéficie d'un droit de préférence pour l'acheter en priorité. Une fiche claire sur la procédure, les délais très courts et les nombreux cas d'exclusion.

Droit immobilierBaux commerciauxVente du local
Partager

En bref

En cas de projet de vente du local, le locataire commercial bénéficie d'un droit de préférence (article L145-46-1 du code de commerce) : le bailleur doit lui notifier le prix et les conditions, cette notification valant offre de vente. Le locataire dispose d'un mois pour accepter, puis de deux mois pour réaliser la vente (quatre mois s'il recourt à un prêt). Plusieurs ventes sont exclues du dispositif (cession globale d'immeuble, vente à un proche, etc.).

Le propriétaire décide de vendre le local que vous exploitez. Devez-vous partir, ou pouvez-vous l'acheter ? Depuis la loi Pinel, le locataire commercial dispose d'un atout : un droit de préférence pour acquérir ses murs en priorité.

Le principe : une priorité d'achat

L'article L145-46-1 du code de commerce impose au bailleur qui envisage de vendre le local d'en informer d'abord le locataire. La notification doit indiquer le prix et les conditions de la vente : elle vaut offre de vente.

Le locataire est ainsi mis en mesure d'acquérir le bien avant tout tiers, aux conditions que le bailleur a lui-même fixées.

Des délais très courts

C'est le point de vigilance majeur. Le locataire dispose :

  • d'un mois pour accepter l'offre ;
  • puis de deux mois pour réaliser la vente, délai porté à quatre mois s'il déclare vouloir recourir à un prêt.

Passés ces délais, l'acceptation devient caduque. Et si le bailleur vend finalement à des conditions plus avantageuses que celles notifiées, une nouvelle offre doit être adressée au locataire : le droit de préférence renaît.

De nombreuses exclusions

Le droit de préférence connaît des exceptions importantes. Il ne s'applique notamment pas :

  • à la cession globale d'un immeuble comprenant le local ;
  • à la vente unique de plusieurs locaux d'un ensemble commercial ;
  • à la cession à un copropriétaire de l'ensemble commercial ;
  • à la vente à un proche du bailleur (conjoint, ascendant ou descendant).

C'est souvent sur le terrain de ces exclusions que se noue le contentieux : un bailleur peut structurer sa vente pour y échapper, et le locataire contester la réalité de l'exclusion. La jurisprudence récente illustre ces débats, par exemple sur la vente à une SCI familiale ou sur la sanction d'une vente irrégulière.

Ce que je vérifie

  • Côté locataire : la notification est-elle régulière et complète ? Les délais courent-ils vraiment ? Un financement est-il mobilisable dans le délai de quatre mois ?
  • Côté bailleur : le droit de préférence a-t-il été purgé avant la vente ? Une vente conclue sans respecter ce droit s'expose à une sanction.
  • Dans les deux cas : l'une des exclusions s'applique-t-elle réellement ? C'est la première question à trancher.

En résumé

Le droit de préférence peut permettre au commerçant de devenir propriétaire de ses murs — à condition de réagir dans des délais très courts. Côté bailleur, vendre sans purger ce droit fait courir un risque d'annulation. Et tout commence par une question simple : l'opération entre-t-elle dans l'une des exclusions prévues par la loi ?

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le droit de préférence du locataire commercial ?
C'est la priorité accordée au locataire pour acquérir le local qu'il occupe lorsque le bailleur envisage de le vendre (article L145-46-1 du code de commerce). Le bailleur doit lui notifier le projet de vente, avec le prix et les conditions ; cette notification vaut offre de vente.
De combien de temps dispose le locataire pour se décider ?
Le locataire a un mois pour accepter l'offre. S'il accepte, il dispose de deux mois pour réaliser la vente, délai porté à quatre mois s'il déclare recourir à un prêt. Passé ces délais, son acceptation devient caduque.
Dans quels cas le droit de préférence ne s'applique-t-il pas ?
Il est écarté notamment en cas de cession globale d'un immeuble, de vente unique de plusieurs locaux, de cession à un copropriétaire de l'ensemble commercial, ou de vente à un proche du bailleur (conjoint, ascendant ou descendant).

Sources

Cette analyse a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Elle décrit l'état du droit français à sa date de publication, le . Pour une réponse adaptée à votre situation, exposez-la au cabinet.

Avant d'attendre

Vos délais courent déjà

En droit immobilier, la plupart des droits s'éteignent vite, et le point de départ du délai n'est pas toujours celui qu'on croit. Vingt minutes suffisent à savoir si votre action est encore ouverte, et ce qu'elle suppose.

Premier échange gratuit, sans engagement · Marie-Pauline Chemin